Distribution de l'industrie magdalénienne.—Cette industrie semble avoir occupé une aire considérable dans l'occident de l'Europe; on la rencontre dans presque toute la France, dans le sud et le centre de l'Angleterre, en Belgique, dans l'Allemagne centrale, l'Autriche, la Hongrie, en Pologne et jusqu'en Russie. Au sud, dans les pays méditerranéens on ne la connaît encore qu'en Espagne septentrionale, mais elle se montre dans les cavernes de la côte syrienne. Elle s'étend donc, sauf en ce qui concerne la Syrie, sur des régions qui, à ces époques, jouissaient de climats analogues et possédaient à peu de choses près la même flore et la même faune. La présence, dans les assises magdaléniennes, de coquilles de l'Océan et de la Méditerranée, employées comme parure, permet de penser qu'à cette époque les relations commerciales, de proche en proche, étaient assez étendues déjà, et l'on en a conclu que, débutant dans un de ses districts, ces formes se sont répandues au loin. Cette explication certainement est satisfaisante, parce que l'aire reconnue pour le magdalénien n'est pas immense, et que par suite le magdalénien, créé pour des conditions spéciales, n'est pas sorti de son milieu d'origine: quant à son foyer unique, son existence est loin d'être démontrée; car il se peut fort bien que la plupart de ses formes, étant voulues par les nouvelles conditions de la vie, soient apparues en même temps dans bien des régions différentes, chez des tribus très diverses au point de vue ethnique. Notre documentation relative aux districts orientaux de Russie, de Pologne, de Hongrie et de la Syrie est encore trop incomplète pour que nous soyons autorisés à unifier toutes les industries d'aspect général magdalénien, et à les considérer comme étant toutes contemporaines; nous ne savons même pas s'il existe un synchronisme parfait entre les conditions climatétiques de l'Occident et celles de l'Orient à l'époque du renne; si cet animal s'est retiré vers le nord en partant de nos régions ou des steppes de Russie. La présence actuelle de l'auroch dans les forêts de la Lithuanie, et son existence en Germanie au temps de César et de Tacite, alors qu'il avait disparu de la Gaule, semblerait indiquer que la migration de ces animaux se serait produite d'abord d'ouest en est, au travers de l'Europe centrale, en suivant les transformations climatériques, puis du sud au nord, à partir des plaines russes, pour gagner la Laponie et les côtés de l'océan Glacial. En ce cas, l'industrie appropriée aux conditions de la vie du renne aurait suivi et il n'existerait pour les diverses stations à partir des Alpes, aucun synchronisme. D'ailleurs, bien des milliers d'années après l'extinction de la culture magdalénienne dans nos pays, de nombreuses tribus septentrionales ont encore conservé des souvenirs de ces industries; et il n'est pas possible de nier que ces inventions, correspondant à des usages spéciaux, ne sont pas nées partout où le besoin s'en est fait sentir (fig. 24).

Fig. 24.—Silex taillés de l'industrie capsienne.—1 à 8 El Mekta (Tunisie).—9 à 15, Fum el Maza (Tunisie).
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L'industrie magdalénienne, même en Occident, est très loin d'être homogène: dans les nombreuses stations où l'on trouve ses restes, elle varie dans bien des détails de l'outillage, ainsi que dans le développement plus ou moins grand des goûts artistiques; ce sont là différences dues soit à des conditions régionales, soit à l'époque relative des stations les unes par rapport aux autres; mais par suite de la nature des recherches, des méthodes employées et des tendances d'esprit des chercheurs, ces divers témoins de la vie magdalénienne ont reçu des noms plus ou moins justifiés, chacun étant considéré, bien à tort à notre avis, comme correspondant à des âges spéciaux. C'est ainsi que nous voyons paraître les industries éburnéenne, glyptique, gourdanienne, larandienne, lortetienne, élaphotarandienne, hippiquienne, équidienne, élaphienne, etc., auxquelles on a voulu, bien à tort, faire jouer un rôle chronologique, désignations qui n'ont qu'une valeur régionale, pour la plupart, et qui montrent qu'en dépit des théories généralisatrices, les chercheurs, en contact avec la réalité, ont tous une tendance à partager ces industries suivant les lieux et les climats, et accordent au régionalisme préhistorique une très grande importance.

Après avoir fait l'exposé de tout ce que nous connaissons des industries qui, dans nos pays, se sont développées aux temps quaternaires, il semble utile de résumer en un tableau les faits les plus importants relatifs à la vie de l'homme, au climat et à la faune. Nous empruntons les principales lignes de ce tableau à M. M. Boule[102].

Pliocène
supérieur.—
Alluvions des plateaux.
Moraines de la 1re grande extension glaciaire.
Elephas meridionalis.
Rhinoceros etruscus.
Equus stenonis, etc.
Couches de transition du Forest-bed, de Saint-Prest de Solihac.Climat Tempéré. Industrie éolithique (?)
Pleistocène
inférieur.—
Moraines de la IIe grande période glaciaire.Elephas antiquus, Rhinoceros Mercki, Hippopotame.
Climat froid et humide.
Type chelléen prédominant
Alluvions des terrasses moyennes, tufs calcaires.Époque de l'Hippopotame.
Climat doux.
Moyen.—Moraines de la IIIe grande époque glaciaire.Mammouth, rhinocéros à narines cloisonnées ours, hyène.
Climat froid et humide.
Type acheuléen prédominant.Industrie paléolithique
Dépôts de remplissage des grottes, lœss, alluvions des bas niveaux ou des terrasses inférieures.Époque du Mammouth.Type moustiérien prédominant.
Supérieur.—Dépôt supérieur des grottes.
Partie supérieure du lœss.
Époque du Renne, faune des steppes.
Climat froid et sec.
Industrie
archéolitique.
Couches de transition.Cervus elaphus, Castor. Industrie
mésolithique
Actuel.—Alluvions récentes, tourbières.Espèces actuelles, animaux domestiques.
Climat voisin de l'actuel.
Industrie
néolithique: les métaux.