Ce n'est pas seulement au mas d'Azil qu'on rencontre les restes de cette industrie; bien des grottes de l'Ariège, de la Haute-Garonne, en contiennent, et si l'on s'en rapporte à la forme des harpons, on retrouve cette même forme dans la Dordogne, et même en Écosse, dans la caverne d'Oban (Argyllshire); mais il serait téméraire d'établir des similitudes reposant seulement sur la forme d'un instrument.
Industrie tourassienne.—Parmi les industries mésolithiques, il convient de citer, en passant, l'industrie nommée tourassienne, par G. de Mortillet[110], que ce savant archéologue considérait comme l'étape marquant la dégénérescence et l'extinction de l'industrie quaternaire. Il y voyait une époque spéciale dont il croyait retrouver les traces dans toute l'Europe, dans le bassin méditerranéen et jusqu'aux Indes. En réalité, cette industrie ne semble pas correspondre à une culture particulière, mais bien à des besoins spéciaux, mal définis encore, communs à une foule de pays, probablement à des époques diverses, comprenant, semble-t-il, la fin des industries mésolithiques et le commencement de celles de la pierre polie.
Industrie des kjœkkenmœddings[111] danois.—Les kjœkkenmœddings, ou débris de cuisine, sont des buttes de détritus laissés par le populations à proximité de leurs habitations, parfois sur le site même de leur campement. Ces buttes sont de tous les temps et de tous les lieux; en Europe occidentale et septentrionale, au Japon, au Brésil, au Chili, en Patagonie, dans l'Amérique du Nord, on les rencontre sur les côtes; en Égypte ils sont situés dans le désert, à quelques centaines de pas de la zone qu'atteint le Nil dans ses crues. Envisagés dans leur acception la plus large, ces restes de campements appartiennent à toutes les époques, même aux temps modernes.
En Danemark[112], les kjœkkenmœddings renferment les restes de la plus ancienne civilisation de la pierre connue dans les régions scandinaves. Ces buttes se sont formées aussitôt que, le pays étant débarrassé de glaces, l'homme en a pu prendre possession. Elles sont, en général, larges de cinq à six mètres, hautes de deux ou trois et leur longueur varie entre vingt et quatre cents mètres; elles se composent d'un amas de coquilles et d'os, restes des produits de la chasse et de la pêche, renferment des silex taillés d'un type spécial, racloirs, tranchets, nuclei, couteaux, perçoirs, etc., des os, des bois de cerf travaillés, et des fragments de poterie grossière. La hache polie fait complètement défaut dans ces gisements qu'on juge être synchroniques de nos campements campigniens du nord de la France. Dans ces buttes on trouve fréquemment les foyers d'antan, encore en place, et parfois les squelettes des hommes qui habitaient ces villages, formés probablement de huttes de branchages recouvertes de mottes de terre et alignées en une longue file sur le côté.
Industrie campignienne.—Cette industrie, localisée au nord de la Gaule, semble avoir, dans cette région, immédiatement précédé l'industrie néolithique; son outillage se compose de racloirs, couteaux, lames à encoches, perçoirs, des temps précédents, auxquels viennent s'ajouter les tranchets, en grand nombre, et les pics.
Les stations de cette industrie se rencontrent principalement dans les départements de la Somme et de la Seine-Inférieure, sous forme de fonds de cabanes où, parmi les cendres, sur une hauteur de 0 m. 60 à 0 m. 80 et une largeur de 3 à 6 mètres se trouvent les foyers et les objets divers les accompagnant: silex taillés, éclats, fragments de poterie généralement grossière, mais dont quelques-uns sont parés d'ornements géométriques gravés à la pointe dans la pâte molle, meules à bras et molettes. On rencontre très rarement dans ces fonds de cabanes la hache polie; toutefois la présence de cet instrument dans cette industrie est encore discutée[113]. Les têtes de flèches lancéolées ou barbelées, si abondantes dans l'outillage néolithique, font complètement défaut.
C'est en 1872 qu'a été découverte par Eugène de Morgan[114] la station du Campigny, près de Blangy-sur-Bresles (Seine-Inférieure), et en 1886 Ph. Salmon proposa de créer une «époque campignienne».
Bien que beaucoup d'autres campements de cette nature aient été reconnus en ces dernières années, les opinions sont encore partagées au sujet de cette industrie qui n'a pas été rencontrée jusqu'ici en gisements stratifiés, superposés à des industries plus anciennes, ou supportant d'autres plus récentes. «Ces stations, très pauvres en haches polies, disait G. de Mortillet[115], ont un cachet tout particulier; elles pourraient bien représenter, en France, le commencement de l'époque néolithique.»
Les industries mésolithiques, très nombreuses, assurément, ont été jusqu'à ce jour fort mal étudiées, aussi bien dans notre pays qu'à l'étranger; la raison en est que les gisements sont toujours isolés, sans relations stratigraphiques avec les autres industries, que les sépultures néolithiques sont le plus souvent des ossuaires où se mélangent squelettes et mobiliers des époques diverses; dès lors on ne peut savoir si déjà elles étaient en usage aux temps de l'industrie mésolithique enfin que les types appartenant à ces industries qui se trouvent dans les collections ont été, la plupart du temps, ramassés à la surface du sol. Peut-être convient-il de ranger dans les industries mésolithiques certains types de l'Afrique du Nord et de la Syrie. Tout ce qu'il est possible d'affirmer à leur égard est qu'elles ne renferment plus que très rarement des formes spéciales archéologiques, et que la pierre polie ne se montre pas communément dans leurs gisements.