J'ai souvenir d'avoir, moi-même, en 1873, trouvé dans un fond de hutte au Campigny, une hache néolithique en silex, polie et retaillée, au tranchant, mais non repolie. Cette observation permettrait de supposer que l'industrie campignienne aurait existé dans le nord de la France, alors que le néolithique avait déjà pris son essor dans d'autres régions, peut-être peu lointaines, et que les haches polies, très rares, qu'on rencontre parfois dans les mobiliers campigniens parvenaient par le commerce en Picardie. On peut opposer cependant à cette découverte l'opinion que les villages campigniens n'ont pas cessé d'être habités lors de l'apparition dans le pays de l'industrie néolithique et que, par suite, la présence de haches polies dans les fonds de cabanes peut être due à l'occupation postérieure du village par des hommes connaissant le polissage du silex.

Fig. 27.—Silex taillés campigniens (Le Campigny, Seine-Inférieure).
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CHAPITRE IV

LES INDUSTRIES NÉOLITHIQUES

Avec l'industrie néolithique, nous voyons, dans le monde entier, surgir des innovations sans nombre; il apparaît clairement que cette phase du développement de l'intelligence humaine fut celle qui ouvrit au progrès ses véritables voies. Le polissage des matières dures qui, nous l'avons vu, était appliqué à l'os et à l'ivoire, dès le pleistocène, dans les industries solutréenne et magdalénienne, est alors général; il devient d'usage pour aiguiser les roches les plus dures, le silex, le jade, la diorite, la syénite, etc., et leur donner une forme reconnue pour être la mieux adaptée à la destination des instruments. L'homme, toujours chasseur et guerrier, façonne les pointes de ses flèches de mille manières; mais le plus souvent, il s'inspire du harpon d'antan, et les munit de barbelures (fig. 28). Il ne se contente plus des peaux de bêtes pour se vêtir, mais tisse la laine et les fibres des plantes, perfectionne ses arts céramiques, asservit les animaux à ses volontés, élève le bétail, se construit des demeures sur terre et sur les eaux, creuse des pirogues, enfin cultive les céréales. Les portes sont grandes ouvertes pour qu'il entre véritablement dans le progrès; il lui suffira de développer ses connaissances, d'améliorer ses moyens de fabrication et, le jour où paraîtra le métal, il sera définitivement sorti de la barbarie.