Fig. 37.—Néolithique du Sahara (Rech. Pézard) (environs de Ouargla). 1 et 3, Coquille d'œuf d'autruche.—2, Silex blond opaque.—4, Silex brun veiné de noir.—5, Silex gris, patine blanche.—6, Silex blond opaque.—7 à 9, Silex jaune translucide.—10, Silex blond opaque.—11, Silex opalin translucide.—12, Silex jaune.—13, Silex opalin translucide.
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Fig. 38.—Instruments néolithiques, de la Palestine.
1-3, Sour Baher (Jérusalem).—4-5, Vallée d'Hesban (d'ap. Vincent.)
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Là, à peu de chose près, se bornent nos connaissances quant à la division des industries néolithiques dans les pays explorés jusqu'à ce jour. Comme on le voit, l'évolution de chaque pays a été indépendante dans ses grandes lignes; mais aussi les différences constatées sont souvent dues à des influences étrangères.
Quant à l'âge que l'on peut assigner à l'industrie néolithique, il est naturellement variable suivant les pays. O. Montelius, s'appuyant sur la stratigraphie du Tell de Suse et sur les observations de même ordre faites en Égypte, accorde vingt mille ans à l'apparition de la hache polie en Élam et dans la vallée du Nil. Cette estimation est beaucoup trop élevée, car elle accorderait douze mille ans environ à la durée de la phase néolithique pure dans ces deux pays, et l'importance des restes laissés par cette industrie, en Égypte comme en Susiane, ne légitime aucunement cette appréciation. Toutefois nous devons avouer que nous ne possédons pas de base pour fixer chronologiquement les débuts de cette culture dans aucun pays. Par suite, toute appréciation à cet égard ne peut être que du domaine de l'imagination.
En ce qui concerne la limite inférieure, nous sommes moins mal renseignés, parce que nous approchons des temps historiques. En Chaldée, c'est vers la fin du sixième millénaire avant notre ère, que le métal serait venu mettre fin à l'industrie néolithique dans cette région, si toutefois elle a jamais existé, ce que je considère comme très peu probable, et il en aurait été, à peu de chose près, de même en Égypte[122]; tandis que c'est, au plus tôt, au xxxe siècle, que serait née la civilisation égéenne, et que la Scandinavie n'aurait connu le bronze qu'au xviiie ou xxiie siècle avant J.-C. En Gaule, en Suisse et dans les pays limitrophes, c'est vers le xxve siècle que se serait passée cette évolution; alors que la Finlande aurait, vers le ve, ou même le iiie siècle avant le Christ remplacé ses armes de pierre par des instruments de fer, sans passer par l'intermédiaire presque général du cuivre et du bronze, et que bien des tribus de la Polynésie et d'autres régions, découvertes par les Européens dans les temps modernes, auraient attendu jusqu'au xviiie siècle ou au xixe siècle après J.-C. pour mettre de côté la hache de pierre et prendre l'arme à feu. Nous avons vu précédemment que la Basse-Chaldée semble n'avoir jamais connu l'homme en possession de l'industrie néolithique proprement dite; qu'au moment où elle s'est peuplée, et que déjà les habitants des montagnes qui la bordent au nord-est et au nord connaissaient le cuivre.
Dans une semblable étude, n'ayant en vue que l'exposé d'ensemble des progrès de l'humanité, il serait hors de propos d'entrer dans la description des innombrables industries néolithiques des régions diverses; nous donnons en figures les principaux types de quelques-unes d'entre elles, et le lecteur jugera par lui-même des caractéristiques. Nous ferons cependant remarquer qu'aucun pays n'a jamais atteint la perfection de l'Égypte et des pays scandinaves dans l'art de tailler la pierre, et les ouvriers de la vallée du Nil dépassaient de beaucoup en habileté ceux du Danemark et du sud de la Suède. Toutefois, dans l'une comme dans l'autre de ces deux régions, il est fort possible qu'à l'époque de la fabrication de ces admirables instruments, tant en Scandinavie qu'en Orient, le cuivre ait été déjà connu, bien qu'on ne le rencontre pas en Danemark et qu'en Égypte on trouve les mêmes silex taillés avec et sans le métal.
Toutefois, avant d'en terminer avec les industries néolithiques, nous montrerons, en citant un certain nombre de formes de haches polies, combien sont variables ces instruments (fig. 38).
Les types n° 1 et n° 2, très répandus en Europe, se rencontrent aussi en Asie antérieure et aux Indes, entre autres pays, alors que la forme n° 5, avec ses flancs carrés, caractéristique des pays scandinaves, du nord de l'Allemagne et de la Finlande, se trouve aussi, quoique plus exceptionnellement, dans nos pays occidentaux. La forme n° 6, en pierre dure, syénite, diorite, etc., est universelle; le type n° 7 est rare en Occident, de même que les formes nos 8 et 9, n° 10 et 18 se rencontrent en Élam et en Chaldée, caractérisées par ce fait que l'instrument est plus plat, moins renflé que dans nos pays. Le type n° 12, qui est rare en Europe, se rencontre aux Antilles, alors que le n° 13, très spécial, semble être particulier à l'Indo-Chine. Les nos 15 et 16 sont abondants aux États-Unis, mais on les connaît aussi de l'Europe et de l'Asie. Les mines de sel de Koulpi, dans la Transcaucasie, ont fourni quelques-uns de ces instruments.