Fig. 65.—Tuyères de fours
métallurgiques.—1, Silésie.—2-3, Hongrie.
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Dans nos pays, la période dite ligure est celle de la fondation des villes, ou du moins, l'industrie du bronze a-t-elle vu le développement des agglomérations créées par les néolithiques devenus sédentaires, par suite de l'apparition de la culture et de l'élevage, les relations commerciales s'étendirent. C'est alors à cette époque que les Phocéens, attirés par le commerce qui ne se faisait encore que de proche en proche, remontèrent à la source et, venant aborder chez les Ligures, fondèrent Marseille.

En ces temps aussi, d'autres peuplades barbares, celles des Celtes, habitaient des pays transrhénans, dans des îles lointaines, les dernières du monde[138]. On fait généralement venir les Celtes d'Orient, par la vallée du Danube[139]. Puis ces hordes seraient remontées dans les pays du nord de l'Allemagne, vers les côtes de la mer Baltique, et c'est de là que, par mer comme par terre, elles seraient descendu sur la Belgique et le nord de la Gaule, chassées de leurs domaines par ces raz de marée qui vers 530 av. J.-C., submergèrent les côtes de la mer du Nord et de la Baltique. C'est également vers cette époque que les Ibères venant de la péninsule espagnole seraient entrés dans le midi de la France.

L'histoire de l'exode des Celtes des pays du Nord nous est connue par bon nombre de passages des écrivains de l'antiquité; aussi les laisserons-nous occupant la Gaule, ayant soumis, sans les détruire ou les chasser, les Ligures. Mais ce qui nous importe le plus, c'est de retrouver leurs traces dans des temps plus anciens. D'ailleurs il était resté des Celtes dans la Thrace et en Macédoine; ce sont eux qui en 279 avant J.-C. pillèrent le temple de Delphes, et cette indication nous est précieuse, car elle permet de relier la culture celtique à des civilisations plus éloignés encore vers l'Orient.

Déchelette[140] estime que de leur domaine primitif, l'Europe centrale et la France du Nord-Est, les Celtes se sont répandus au premier et au second âge du fer sur des territoires très étendus, au commencement du IIIe siècle, époque de leur plus grande extension. Leur domaine aurait compris alors les îles Britanniques, la péninsule Ibérique, la Gaule, l'Italie du Nord, les régions du Rhin et du Danube, jusqu'à la mer Noire; quelques-unes de leurs tribus se seraient établies en Thrace; d'autres auraient réussi à fonder au centre de l'Asie Mineure (Phrygie et Cappadoce) un établissement durable, la Galatie.

Cette désignation de «domaine primitif» semble être bien hasardeuse et dictée par la réaction, de mode aujourd'hui, contre les origines orientales des peuples de langue aryenne. Nos renseignements, bien qu'ils soient incomplets, certainement nous montrent les Celtes s'étendant jusqu'aux rives du Pont Euxin sur le bas Danube; mais ils ne nous disent pas s'il en existait encore plus loin, dans les steppes russes, et si ces peuples n'y avaient pas vécu jadis.

M. Hoernes[141], l'un des préhistoriens les plus versés dans l'étude de la civilisation dite hallstattienne, se base principalement, dans sa classification, sur les caractères de la céramique et des fibules. Sans disconvenir que ces deux éléments présentent un grand intérêt, nous ferons cependant observer que la véritable caractéristique de cette culture est l'introduction du naturisme dans l'art géométrique, caractère qui la distingue très nettement de la civilisation du bronze dans l'occident et le centre de l'Europe et qui, par ses conceptions et sa technique, l'éloigne des cultures chaldéenne, égyptienne et préhellénique, tout en laissant entrevoir une certaine parenté, très éloignée, avec les goûts mycéniens.

Mais les traces de l'esprit hallstattien ne sont pas limitées à l'Europe, nous en retrouvons au loin dans l'Asie Antérieure du nord, au sud du Caucase et dans les pays caspiens.

Au cours de l'industrie du fer, on voit paraître, en Arménie russe, une civilisation très différente de celle des sépultures plus anciennes; et cette culture se retrouve, bien qu'elle soit modifiée dans bon nombre de détails, tant dans le Talyche russe et persan que dans l'Osséthie, voire même dans le Daghestan. Sa caractéristique est dans les représentations humaines et animales, dont la technique et le style paraissent dériver pour toutes du style géométrique.

En Osséthie, cette culture semble ne pas encore user industriellement du fer, toutes les armes étant faites de bronze; mais ce n'est là qu'une apparence, car la grande prédominance du cuivre chez les Ossèthes provient uniquement du voisinage de riches mines de ce métal. En Arménie elle comprend le fer, l'argent et le plomb. Quant à la céramique, elle possède dans les trois régions la même technique ornementale, l'incision, souvent très soignée, et le lissage; elle fournit des formes animales en Arménie et en Perse, fait nouveau dans ces régions.