Dans toutes les contrées et dans tous les temps préhistoriques, le silex a toujours été préféré aux autres roches, parce qu'il s'éclate aisément et que ses éclats sont extrêmement tranchants. Le silex est une substance très résistante, que seul le choc sur un corps dur peut émousser; il se prête admirablement à la taille par percussion et ses éclats sont rapidement façonnés soit à petits coups, soit par la pression, car il suffit de comprimer obliquement, au moyen d'un corps de dureté moyenne, le tranchant d'un éclat de silex, pour déterminer la levée de petits éclats, et en répétant cette opération, on donne aisément une forme intentionnelle à l'instrument. Le retouchoir peut être en silex ou en toute autre pierre de dureté moyenne, voire même en bois, en os, en corne; car la pression à exercer pour obtenir les retouches est fort légère.
Le grès siliceux, les quartzites, le quartz et le cristal de roche, de dureté égale ou supérieure même au silex, ne possèdent pas les qualités de cette matière et se fendent gauchement, n'obéissent, semble-t-il, qu'à regret aux volontés de l'ouvrier qui les façonne. Il en est résulté tout d'abord que ces roches n'ont été employées qu'à défaut de silex et que, dans les temps où les relations entre peuplades étaient devenues faciles, le silex a fait l'objet d'un commerce fort étendu.
D'autres matières, telles le jade et l'obsidienne, ont été d'usage également; mais le jade, substance très dure, ne se taille que très difficilement, par percussion, et n'obéit guère qu'au polissage; aussi ne le rencontre-t-on que dans les dernières industries néolithiques, en même temps que la serpentine, la diorite et autres roches de filons dont l'emploi était inconnu avant que l'homme appliquât à la pierre le polissage que, depuis longtemps déjà, il pratiquait pour l'ivoire, l'os et la corne.
Quant à l'obsidienne, qui se taille de merveilleuse manière, elle présente le grand défaut d'être trop fragile. Cette roche volcanique a cependant été fort employée dans l'antiquité préhistorique, pour cette raison qu'elle peut, pour bien des usages, remplacer le silex toujours absent dans les pays où elle-même se rencontre naturellement au milieu des coulées de laves. Cette matière a été très employée au Mexique, au Japon, dans les îles grecques de la Méditerranée, en Transcaucasie et dans l'Arménie. Elle se taille tout comme le silex, mais ne se prête pas au polissage.
Quand on frappe obliquement sur un noyau de silex, soit à l'aide d'un marteau, soit avec un simple galet de pierre dure, on lève un éclat dont la face fraîche présente une surface légèrement bombée, saillante à proximité du point qui a reçu le coup. Cette protubérance se nomme «bulbe de percussion». Ce bulbe existe dans les éclats de toutes les roches dures. Il en résulte, sur le noyau, une cavité correspondante. Si, après avoir déterminé sur un noyau le départ d'un certain nombre d'éclats sur le même côté, on frappe dans l'autre sens, on produit un tranchant fort aigu, suivant une ligne sinueuse dont les saillants et les rentrants peuvent être atténués par de nouvelles tailles moins violentes; on parvient alors à façonner un tranchant très régulier. Ces deux types sont ceux de l'industrie paléolithique, le chelléen montrant, le plus souvent, les tranchants sinueux et l'acheuléen présentant les bords coupants à peu de chose près réguliers. Avec l'industrie moustiérienne la taille devient plus soignée dans les coups de poing; mais l'homme fait surtout usage d'éclats qu'il retaille sur les bords, d'un seul côté seulement, soit par percussion, soit par pression. Nous avons vu qu'avec les industries archéolithiques, le coup de poing disparaît; mais son procédé de taille sur les deux faces est, dès lors, appliqué à l'éclat; il en résulte l'apparition des nuclei, noyaux sur lesquels on prend les lames pour les façonner ensuite de cent manières différentes, suivant les besoins, en les retouchant sur une seule face ou des deux côtés.
L'industrie mésolithique montre de grands progrès quant à la variété des formes; on voit paraître entre autres le tranchet, précurseur de la hache qui, plus tard, sera polie; mais le tranchet, en général, n'est taillé que d'un seul côté, l'autre demeurant plat.
En Égypte et aux Indes[142], ce tranchet se montre sous la forme d'une véritable hache, concurremment avec une autre disposition dans laquelle l'instrument est dégrossi sur les deux faces; son taillant est alors obtenu au moyen d'un coup habilement frappé sur le côté de l'outil ainsi préparé. Toutefois, dans la hache-tranchet de l'Égypte, le tranchant est souvent produit par une série de retouches, ce qui l'éloigne du véritable tranchet campignien, comme celui des Indes.
La hache polie se montre dans l'industrie néolithique, en même temps qu'un grand nombre de formes nouvelles, et son usage se continue au cours des industries énéolithiques, voire même du bronze; car le métal était encore très rare alors et, pour bien des usages de la vie, on conservait l'emploi des anciens instruments.
C'est dans l'industrie néolithique et énéolithique que se rencontrent les chefs-d'œuvre de la taille du silex, et l'on a peine à concevoir que des ouvriers fussent assez habiles pour tailler avec une pareille perfection ces grandes lames égyptiennes, quelquefois polies d'un côté, toujours si minces et portant les traces d'enlèvement des éclats de retouche fait avec une régularité mathématique. Les néolithiques, tant en Égypte que dans les pays scandinaves, étaient passés maîtres dans leur art. Sur le Nil on façonnait même de légers bracelets en silex, parfaitement circulaires et polis à l'extérieur. Dans le Jutland et la Scanie, on excellait dans la fabrication des poignards. Quelques pièces trouvées en France même ne sont pas négligeables mais il reste à savoir si elles sont vraiment indigènes; car, à cette époque, le commerce du silex avait pris une grande extension.