Fig. 70.—Nos 1-2, nucleus (Grand-Pressigny).—Nos 3-4, 1re lame. N°5, 2e lame.—N° 6, 2e lame.
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Le silex se trouve, dans le nord de l'Europe, par gros rognons au milieu des assises du terrain crétacé supérieur (Cénomanien, Turonien et Sénonien); c'est surtout dans la craie qu'il s'est formé, alors qu'elle se déposait, la silice se concentrant dans les vides laissés par le moulage et la disparition des corps organiques enfouis dans la vase. Les spongiaires ont été la cause principale de cette concentration. Dans le sud de l'Angleterre, le nord de la France, la Belgique, le nord de l'Allemagne et le Danemark se trouve, dans la craie blanche, le plus beau silex du monde. En Suède il n'existe pas de craie à silex[143].

En Algérie et en Tunisie, les silex abondent dans les mêmes terrains qu'en Europe occidentale, alors qu'en Égypte c'est dans les couches tertiaires (nummulitiques) qu'il se rencontre; toutefois, dans les coteaux de la vallée du Nil, la qualité de cette matière ne le cède en rien à celle de nos silex occidentaux.

Pour alimenter le commerce et fournir de silex les populations qui n'en possédaient pas de gisements dans leur sol, il se forma des centres de la taille: des ateliers s'établirent en Belgique, dans le bassin de la Loire, au Grand Pressigny. Dans cette dernière localité se fabriquaient de superbes lames qui étaient exportées dans tout l'Occident européen; mais il ne semble pas qu'on y eût taillé en grand nombre d'autres instruments. Au Grand Pressigny, entre autres, les nuclei abandonnés, après qu'ils eurent rendu les services qu'on attendait d'eux, se rencontrent dans les champs par milliers et milliers. Ce sont de longs blocs de silex retaillés à grands éclats sur toutes les faces, mais dont une seule était préparée pour l'enlèvement des lames. Ils sont très variables de dimensions: on en voit présentant plus de cinquante centimètres de longueur (fig. 70).

C'est par percussion que ces grandes lames étaient enlevées; il fallait, à coup sûr, une bien grande habileté de main et des précautions spéciales pour que la vibration ne brisât pas ces couteaux si longs et si minces, si fragiles. Certes on rencontre des débris; mais ils sont en bien petit nombre si l'on tient compte du nombre énorme des nuclei, et par suite de la production des lames.

La taille des lames d'obsidienne, dans les îles de l'Orient méditerranéen, se faisait de la même manière, mais nuclei et lames n'atteignent pas de grandes dimensions: les plus grands nuclei ne dépassent jamais une vingtaine de centimètres de longueur (fig. 71).

Fig. 71. Nucleus et lames d'obsidienne (Phylacopi, île de Milo).
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