Nous pensons que ces courtes remarques suffisent pour indiquer à nos lecteurs les ressemblances et différences du patois du pays de Bray avec les patois des autres provinces, surtout de la Normandie et de la Picardie. Il nous resterait à citer quelque fragment de cet idiome, afin d'en faire mieux comprendre le mécanisme; mais nous ne connaissons aucun monument écrit auquel nous puissions avoir recours. Sous ce rapport, nous sommes aussi pauvres que la Picardie est riche. Là, des hommes d'esprit s'amusent souvent a recueillir les reparties, les boutades, les saillies populaires, pour en former de plaisants dialogues, de gais refrains. Ici, rien de semblable; Ch'est pat à dire que j'soyomes (simus) pus enchifrénés q'd'autes, mais j'manquons d'éditeux, disait dernièrement un de nos amis. C'est donc une bonne fortune pour nous que la rencontre de l'article suivant que nous extrayons d'une récente publication [27].
[Note 27: ][ (retour) ] Almanach du pays de Bray, pour 1852, page 99 et suiv.
Liberté, égalité, fraternité
Jacques.—Ah! Boujou, Mousieu Esprit...
Le citoyen Esprit.—Ne m'appelle donc pas Monsieur; ce titre aristocratique est aboli et remplacé par le mot égalitaire de citoyen.
Jacques.—Ah! chest cha; j'comprends pas, mais chest tout d'même.
Le citoyen Esprit.—Tu es si bête!
Jacques.—Ah! par exemple, cha pourrait ben être vrai; car tout l'monde me l'dit. Mais en attendant, j'voudrais ben saver qué qu'veulent dire chés trois mots Libertai, Égalitai, Fraternitai, quo vait tout partout; o dirait que l'zimprimeux n'peuvent plus rien écrire sans mette chés mots-là.
Le citoyen Esprit.—Tu ne comprends pas cela?