[31] Le marquis de Paulmy (Livres de politique du seizième siècle) dit, sans en fournir la preuve et sans indication aucune, que la Servitude a été publiée en 1572. Je crois que c'est une erreur.
L'ouvrage, à partir de ce moment, tomba dans l'oubli, à ce point que le cardinal de Richelieu, voulant le connaître, le fit demander chez tous les libraires de la rue Saint-Jacques sans qu'aucun d'eux sût ce dont on voulait lui parler. Pourtant un certain Blaise, plus instruit et plus avisé que les autres, dit à l'émissaire du cardinal qu'il connaissait un curieux qui en possédait un exemplaire, mais qu'il ne voudrait pas s'en dessaisir à moins de cinq pistoles. Cette difficulté fut bientôt levée, et le libraire n'eut qu'à découdre un exemplaire des Mémoires et extraire quelques feuillets du tome III pour toucher ce prix (Tallement des Réaux).
Cent cinquante ans s'écoulèrent jusqu'à ce que Coste, le consciencieux éditeur, fît entrer le Contr'un dans ses éditions de 1727, 1739 et 1745. En 1740, on l'avait imprimé à Londres dans un supplément in-4º des éditions des Essais de 1724 et 1725, et, sauf un petit nombre d'exceptions, il a fait partie de toutes les éditions depuis cette époque.
En 1802, le libraire Louis donna de la Servitude volontaire une édition isolée, ou seulement accolée à quelques lettres de Montaigne (format in-8º et in-12).
En 1835, M. de Lamennais en a donné deux éditions exclusives de toute autre pièce, l'une in-8º avec frontispice successif de 1re, 2e et 3e édition, l'autre in-18, toutes deux avec une préface analytique et apologétique de l'ouvrage.
La Servitude a eu les honneurs de la traduction: en français moderne, en anglais et en italien.
En 1789, on a publié à Paris un Discours de Marius, plébéien et consul, traduit de Salluste, suivi du Discours d'Étienne La Boëtie, traduit du français de son temps en français d'aujourd'hui, par l'Ingénu (Lafite, avocat) in-8º. En 1791, la Servitude modernisée a reparu dans le supplément à la huitième Philippique (Ami de la Révolution, 57 nos de 1790 à 1791, in-8º). Enfin, plus récemment, une édition a été imprimée en Belgique, mais elle n'a pas été mise en vente, à cause du commentaire fort étendu qui l'accompagne, et qui, pour parler comme Montaigne, est au moins de la même farine que le texte, mais beaucoup plus actuel et personnel. Voyez: De la Servitude volontaire, ou le Contr'un, par Étienne de La Boëtie, ouvrage publié l'an 1549 (date arrangée d'après les 19 ans de De Thou), et transcrit en langage moderne, pour être plus à la portée d'un chacun, voire des moins aisés, par Adolphe Reschatelet (anagramme de Charles Teste, mort il y a peu de temps, frère de l'ancien ministre); Bruxelles et Paris, chez les marchands de nouveautés, 1836, in-18 (il y a des exemplaires avec errata, d'autres n'en ont pas). L'auteur annonce que cette édition est préparée depuis 1834, et devait paraître avant celles qui l'ont précédée; il ajoute qu'elle s'en distingue par le soin qu'il a apporté à la mettre au niveau de toutes les intelligences, et par les notes dont elle est accompagnée. La Servitude est précédée d'extraits des lettres de Montaigne qui ont trait à La Boëtie et du chapitre de l'Amitié. Elle est suivie de plusieurs pièces étrangères à notre auteur (pages 127 à 158). Je suis entré dans quelques détails sur ce volume puisqu'il ne se vend pas et que les exemplaires en sont fort rares en France.
Il a paru à Londres en 1735, in-12, sous ce titre: a Discourse of Voluntary Servitude, une traduction anglaise faite avec grand soin, qu'on dit être d'un style «plus net, plus coulant et plus poli que l'original», précédée d'une assez longue préface du traducteur. Une expression de La Boëtie, que Coste n'avait pas pu expliquer, se trouve là éclaircie pour la première fois (le panier d'Érichtone). Cette traduction, portée au catalogue du British Museum, est assez rare pour qu'un bibliophile ardent et distingué, M. S. Van de Weyer, ambassadeur belge à Londres, qui a bien voulu m'en donner une analyse, m'ait dit n'en avoir vu qu'un seul exemplaire (bibliothèque de lord Malmesbury).