Le médecin est donc le biologiste humain et, quand je parle d'étudier l'idée médicale dans l'œuvre de Paul Bourget, c'est l'idée biologique que je voulais dire.
3. Ces principes posés, j'aborde la dissection biologique des Romans de Paul Bourget en vous rappelant quelques-uns des types de médecin qu'on y rencontre.
Ils ne sont pas très nombreux. Un critique[2] n'en a trouvé que trois sur trois cent quatre-vingt-onze personnages mis en scène. On en trouvera davantage si on tient compte des simples esquisses. En tous cas, ils sont finement observés et joliment crayonnés.
[2] Jules Sageret.—Les grands convertis. Paul Bourget. La Revue, 1er et 15 novembre 1903, p. 297.
Voici d'abord un «praticien de quartier», le Dr Graux: «à côté des professeurs justement illustres auxquels le temps manque et des charlatans sans conscience que l'on doit supplier pour en obtenir des consultations de cent francs», il est un de ces «modestes docteurs qui tiennent le rôle, autrefois si fréquent, aujourd'hui si rare, du médecin de famille, toujours à portée et cependant discret, et qui, connaissant ses clients depuis des années, devenait naturellement leur ami et leur conseiller»[3].
[3] L'Etape (oct. 1901-mai 1902), p. 421.—Toutes les citations des œuvres de Paul Bourget sont faites sur l'édition in-8o pour les Romans parus dans les sept premiers volumes des Œuvres complètes, dans l'édition in-18 pour les suivants.
Tout autre est le Dr Louvet[4], le médecin mondain avec son salon d'attente, meublé «comme un musée, avec la prodigalité de bibelots particulière aux installations modernes». Il appartient à «cette génération de savants, hommes du monde, qui vont à l'hôpital le matin, reçoivent leurs clients l'après-midi et trouvent le moyen d'avoir de l'esprit, comme des oisifs, dans un salon, à dix heures du soir». Aussi, «ont-ils l'intelligence de préparer aux longues attentes de leurs belles malades un décor où elles retrouvent un peu de ce qu'elles ont laissé au logis, une face des choses semblable à celle qui leur est coutumière», tandis que, dans le cabinet du docteur, il n'y a que des livres, «contraste habilement cherché par Louvet, metteur en scène aussi habile qu'il était bon diagnosticien»; Louvet, «ce mince avec un air de mignon de Henri III. Je l'appelle toujours Louvetsky, parce qu'il ne soigne que des Russes»[5].
[4] Un Crime d'amour (oct. 1885-janvier 1886), p. 208.
[5] Mensonges (février-octobre 1887), p. 38.