Au fond, il est inexact d'appeler cela des dédoublements de la personnalité. La vraie personnalité est une et indivisible; elle reste avec les centres supérieurs, pendant que les centres polygonaux, dissociés, forment des personnalités fausses, artificielles, surajoutées, plus ou moins anormales ou même morbides.
Tout ce que je viens de dire s'applique à l'amour qui est une fonction cérébrale psychique. L'amour vrai, complet et normal a pour organe l'ensemble des centres psychiques, supérieurs et inférieurs, unis et synergiques. Mais chez certaines personnes il y a dissociation entre les deux ordres de centres et alors il y a comme un dédoublement de la personne aimante: l'amour vrai restant celui des centres supérieurs, un ou plusieurs autres amours adventices, accidentels, incomplets, mais souvent très impérieux et trop obéis, se développent dans le polygone.
Les actes passionnels sont souvent automatiques et polygonaux; on comprend donc un amour polygonal à côté de l'amour vrai et complet du psychisme supérieur.
C'est l'unité du mot amour qui fait la confusion. Quand Thérèse de Sauve va à Trouville, elle continue à n'aimer vraiment qu'Hubert Liauran. L'acte polygonal par lequel elle se livre à La Croix-Firmin ne devrait pas être appelé amour; de même que l'hypnotisée à qui vous imposez dans le sommeil une personnalité de général reste couturière tout en commandant à des troupes imaginaires; sa personnalité vraie et antérieure n'a pas changé malgré ce déguisement polygonal.
De tout cela résultent trois principes:
1o Le moi est un et la personnalité est une; le dédoublement apparent du moi et de la personnalité correspond à la dissociation des centres psychiques et à l'apparition de fausses personnalités polygonales;
2o De même, dans tous les cas de dualisme sentimental, il n'y a jamais égalité de deux amours simultanés; un des amours reste toujours le vrai, le supérieur, l'autre étant l'inférieur, l'incomplet, le transitoire;
3o Quand ce dualisme sentimental se développe et atteint un certain degré, c'est un signe, chez le sujet, d'un état au moins extraphysiologique, pas entièrement normal, souvent même d'un état pathologique.