Cette doctrine me paraît s'adapter merveilleusement à l'œuvre entière de Paul Bourget qui en est comme imprégnée.

En tête de l'Irréparable, il proclame que c'est le «commentaire mondain et mélancolique de la doctrine de son maître en psychologie sur la multiplicité du moi»[121].

[121] L'Irréparable, p. 5.

Et en effet Taine se donne comme un bel exemple de dédoublement de personnalité: «j'ai fait deux parts de moi-même, dit-il: l'homme ordinaire qui boit, qui mange, qui fait ses affaires; qu'il ait des opinions, une conduite, des chapeaux et des gants comme le public, cela regarde le public. L'autre homme, à qui je permets l'accès de la philosophie, ne sait pas que ce public existe»[122].

[122] Essais de Psychologie contemporaine; M. Taine, p. 162.

Dans Joseph Monneron il y avait deux êtres: «l'un, le vrai, le moi raisonnable et raisonnant, constitué par les idées pures, l'homme en soi de la Déclaration des Droits; l'autre, l'animal inférieur, Médor, fait pour obéir au premier, comme le chien à son maître»[123].

[123] L'Etape, p. 236.

Médor est la Bête de Xavier de Maistre qui le conduit chez madame de Hautcastel quand l'autre veut aller à la Cour. Médor est notre polygone.

Chez Henry Bobetière, «comme chez Crémieu Dax, la poussée de l'inconscient était la plus forte aussitôt qu'il s'agissait de la chose publique»[124].

[124] Ibidem, p. 149.