Ce ne fut donc qu’après l’avènement de Victoria, lorsque la jeune reine quitta Kensington Palace, que Buckingham devint réellement et pour la première fois résidence royale. Sous le prince Albert, qui était un architecte amateur d’un goût sûr, il subit des agrandissements dans la partie est, la chapelle privée sortit de terre; on y dépensa £ 125.000 et, à défaut de beauté, on lui donna ce qui lui manquait, la grandeur de dimensions, les décorations imposantes qui distinguent un palais d’un château.
L’extérieur, comme on peut le voir par la gravure que nous en publions, n’a rien de remarquable, à part la grille d’entrée qui est, paraît-il, l’œuvre de serrurerie d’art la plus remarquable de notre époque et a coûté à elle seule 3.000 guinées, soit 78.750 francs.
Elle nous fait pénétrer dans une cour qui donne accès au palais par un portique supporté par des colonnes doriques et corinthiennes.
La première salle dans laquelle nous pénétrons a été baptisée la «salle de marbre». Elle mesure 30 pieds sur 50, environ 9 mètres sur 15. Une double rangée de colonnes d’un seul morceau de pur marbre de Carrare, d’environ 4 mètres de haut, soutiennent le plafond composé d’armoiries finement peintes, bleu de roi, rouge, vert et or. Aux quatre angles, dans des niches, des statues de marbre blanc. Quelques marches conduisent de cette salle à une autre beaucoup plus petite où l’on voit une cheminée remarquable, dans laquelle se trouve enchâssée une horloge de cuivre de Vulliamy, surmontée d’une couronne et des armes royales. La galerie des sculptures ouvre sur l’antichambre: c’est une très belle salle de 46 mètres de long dont le plafond est supporté par 42 colonnes corinthiennes; elle est ornée de bronzes classiques sur piédestaux. De chaque côté de superbes consoles supportent des vases de marbre très artistiques. Au bout de la galerie se trouve l’escalier des ministres, qui sert à la famille royale les jours de drawing-room.
De la galerie on pénètre dans une suite d’appartements. La première salle est celle dite de Carnavon; son ameublement est en acajou plein et cuir; elle est ornée de bustes de conquérants romains. Cette salle contient des peintures remarquables, signées Van Somer, Huyssmans, Philippe de Champaigne et Taylor.
De là on passe dans la salle 44, à cause de l’année dans laquelle elle fut décorée à neuf pour la réception de l’empereur de Russie. Belles porcelaines de Sèvres, peintures remarquables: parmi ces dernières, le portrait grandeur naturelle de Nicolas par Coxton Krüger, Léopold Ier de Belgique par Winterhalter; la reine Louise de Prusse, le duc de Wurtemberg, le premier duc de Saxe-Cobourg, Frédéric, roi de Saxe, et Louis-Philippe de France.
Cette salle ouvre sur la Bibliothèque, suivie de la salle du Conseil, laquelle sert de salle de banquet dans les grandes occasions. C’est là qu’a été servi le banquet du Jubilé de 1897. Les jours de drawing-room, sa situation centrale la désigne comme vestiaire. L’ameublement en est en cuir de Cordoue et tapis de Bruxelles; deux superbes buffets, porcelaines magnifiques de Sèvres, de Dresde, de Chelsea, aux couleurs bleu de roi, vert pomme, bleu de Vincennes et rose du Barry. Au centre, une superbe table romaine en mosaïque représentant l’histoire des fondateurs de Rome, Romulus et Rémus: ce meuble, dont le pied est en marbre noir, a été offert à la reine Victoria par le Pape Pie IX à l’occasion de la visite au Vatican du prince de Galles actuel. Vases orientaux et terres cuites offerts par Napoléon en souvenir de l’exposition de Londres de 1851.
La salle 55 est un salon en bois de rose et or. Les peintures, signées de C.-H. Thomas, représentent la revue du Champ-de-Mars, lors de la visite de la reine et du prince consort à Napoléon III et enfin la cérémonie d’investiture de Napoléon III dans la salle du Trône du Palais.
De là on est introduit dans la salle de déjeûner des dames de la Cour. L’aspect de cette salle est sévère avec sa vasque de marbre au pied de granit rouge, toujours garnie de fleurs. Le plus bel ornement est un tableau de Winterhalter, de grande composition, représentant la reine et le prince consort, entourés de cinq enfants, leurs cinq premiers nés.
La salle à manger de la Cour est contiguë à cette dernière; elle sert de vestiaire au corps diplomatique les jours de drawing-room. L’ameublement est en acajou espagnol massif rehaussé d’or; les tapis sont de Turquie. Le plafond est supporté par des colonnes ioniennes en marbre. Entre les fenêtres, des bustes de rois. Cette salle s’ouvre sur le corridor qui mène à la chapelle privée, richement décorée, de style allemand. L’autel, en face duquel s’élève le trône sur des gradins, est très simple; une magnifique tapisserie des Gobelins, représentant le baptême du Christ, lui sert de fond.