Une suite d’appartements tendus de satin contiennent des merveilles en porcelaines artistiques, dont bon nombre de la manufacture de Sèvres, lesquelles avaient été destinées à Louis XVI. Cette partie des appartements renferme de précieux souvenirs, entre autres la petite châsse où est conservée la vieille bible du général Gordon avec la page marquée où il en était resté lorsque la mort vint le surprendre. La reine, à chaque retour à Windsor, a coutume de rouvrir le livre à cette page et de lire à haute voix un verset. Nous ne dépeindrons pas les salons vert,
Windsor.—Le salon d’audience.
violet et blanc, tendus de soie et dont la superbe collection de Sèvres bleu de roi, achetée par George IV, constitue la plus grande richesse. On l’évalue à 200.000 livres sterling. Dans le salon violet se trouve le piano sur lequel Victoria prit ses premières leçons et qu’elle avait voulu un jour fermer à clé à jamais, pour se dérober à la torture qu’il lui faisait subir.
La salle à manger privée de la reine est désignée sous le nom de chambre octogonale; elle est de pur style gothique, en chêne sculpté dans la masse. Quelques beaux tapis des Gobelins garnissent les murs et, croyons-nous aussi, la Rixe de Meissonnier. La reine ne dîne dans cette salle qu’en intimité et lorsque ses invités ne sont pas plus nombreux que sept. On voit, dans cette salle, le Bol de punch, par Flaxman, don de George IV, lorsqu’il était prince régent. La salle d’audience privée de la reine est surtout remarquable par ses portraits de famille. La chambre des tapis, qui servait de chambre à coucher à la fille aînée de la reine, plus tard impératrice Frédéric d’Allemagne, est ornée de quatre tapisseries des Gobelins, représentant les quatre saisons, don de l’empereur Napoléon III, ainsi que tout l’ameublement, en tapisserie de Beauvais.
Parmi les appartements d’apparat, que le public est admis à visiter une fois par semaine, lorsque la reine n’habite pas le château, nous citerons la salle du Trône et le trône d’ivoire, remarquablement sculpté, offert à la reine par le Maharajah de Travancore et la grande salle de banquet, dite salle de Waterloo, où se trouve toute une riche vaisselle d’or, d’une valeur inestimable. C’est dans cette salle que fut reçu Louis-Philippe, le 8 octobre 1844. Le prince consort et le duc de Wellington étaient allés au-devant de lui à Portsmouth. La reine descendit jusqu’au bas du perron pour le recevoir. On cultivait alors l’alliance française et le prince Albert excellait à trouver des prévenances pour le roi.
Louis-Philippe fut ravi: il oublia sans doute que la rançon d’un roi de France avait payé cette salle; qu’il était le premier roi de France à fouler au pied le sol de la cour du château, depuis le roi Jean prisonnier; il passa donc gaiement sous les étendards glorieux des Marlborough et des Wellington et devant les portraits des membres du Congrès de Vienne, réuni après la défaite des armées françaises à Waterloo, pour arriver jusqu’à sa place. Pour comble d’ironie, le pauvre roi vint le lendemain plier le genou devant le trône d’ivoire de Victoria, qui, devant le concile de l’ordre, l’avant-dernier en date, l’arma chevalier de l’ordre de la Jarretière, ordre créé par Édouard III pour célébrer sa victoire de Crécy sur la France. Victoria avait-elle eu quelque part à la composition du programme? En tout cas, la reine d’Angleterre ne brilla pas, ce jour-là, par le tact dont elle a donné maintes preuves en d’autres occasions. Peut-être Louis-Philippe se rendit-il compte, dans la suite, du rôle ridicule qu’il était allé jouer à la Cour de Windsor et s’en vengea-t-il, en faisant échouer les efforts de la diplomatie anglaise, échec que d’ailleurs il paya de son trône? Toujours est-il que la cordiale entente ne fut pas de longue durée. Napoléon III reçut quelques années plus tard le même cordon de la Jarretière, mais on eut cette fois la