La reine ne quitte Osborne que pour l’époque des fêtes de Pâques, où elle a l’habitude de venir demander au soleil du midi de la France, ou d’Italie, un peu de la chaleur de ses rayons. Les médecins lui conseillent de quitter le climat de l’Angleterre, particulièrement humide à cette époque de l’année.
Osborne House s’est partagé avec Balmoral la plus grande partie de la vie de la reine Victoria. C’est là que la souveraine a pu s’occuper avec le prince Albert de l’éducation de leurs nombreux enfants. C’est là, dans le cercle des intimes, que s’est surtout révélée la simplicité de ses goûts et la modestie de ses vraies aspirations. Grâce à l’isolement de l’île de Wight, la reine a réussi à dérober aux exigences de sa situation élevée, des années entières qu’elle a pu consacrer aux joies intimes de la vie familiale et, en cela surtout, elle a fait œuvre de reine et donné à son peuple un salutaire exemple. Elle a remis en honneur le foyer anglais, le home paternel et a resserré du même coup les liens de la famille; elle a été un exemple de vertus domestiques pour toutes les femmes. Par la simplicité de sa mise, elle a enrayé à temps un goût immodéré de la toilette, qui s’était emparé de son sexe, et c’est à elle que l’Angleterre doit surtout la rigide sobriété du costume de ville féminin.
Autrefois, la reine se rendait, pour accomplir ses devoirs religieux, à la petite église de Whippingham; aujourd’hui elle assiste aux offices dans la chapelle privée du château.
On ne la voit en voiture de demi-gala que la semaine des régates.
Sa garde d’honneur se compose à Osborne d’un détachement du régiment caserné à Parkhurst, lequel reste à East Cowes; de plus, un cuirassé reste à l’ancre dans le Solent pendant tout son séjour.
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Balmoral, l’autre home de la reine Victoria et son home favori, est situé dans la vallée de la Dee, dans les highlands du comté d’Aberdeen, dont lord Byron nous décrit, dans ses heures de paresse, Hours of Idleness, la scénique grandeur. Ces montagnes, contreforts de la chaîne des Grampians, comprennent trois des plus hauts sommets de la Grande-Bretagne: Ben Muich Dhui, Braeriach et Cairntoul. La Dee est une rivière dont la source remonte à ces hautes cîmes et dont les eaux de cristal sont formées de la fonte des neiges perpétuelles qui les couronnent. D’abord étroite, la vallée de la Dee va s’élargissant jusqu’à Aberdeen, lieu où elle se jette dans la mer du Nord. Le château de Balmoral est situé sur la rivière à la borne miliaire nº 50 venant d’Aberdeen et est à mi-chemin entre Aberdeen et Braemer, renommé par son sanatorium. Autrefois on y venait par la mer jusqu’à Aberdeen et de là par relais. Aujourd’hui on y vient par le chemin de fer jusqu’à Ballater, station située à 8 milles du château.
La santé du prince Albert paraissant toujours délicate, son médecin, le docteur sir James Black, lui avait conseillé d’aller passer quelques semaines en Écosse. L’air fortifiant des montagnes lui ferait du bien, disait-il. Le prince Albert, qui se souvenait des joies que lui avaient procurées ses visites en Écosse en 1842 et 1844 en compagnie de la reine, et des bonnes journées qu’il avait passées dans ses épaisses forêts à chasser le sanglier et le daim et les enchantements de la reine à la vue de ces paysages sauvages, consulta le duc d’Aberdeen, qui lui donna le conseil de louer Balmoral. Le prince le loua donc en août 1848 et il fut décidé que la famille royale irait y passer l’automne.
La reine a consigné dans ses Mémoires les moindres péripéties de sa vie dans les montagnes d’Écosse. Voici quelle a été sa première impression de Balmoral:
«Nous arrivons à Balmoral à trois heures moins le quart. C’est un très joli petit château, orné d’une tour pittoresque et bâti dans le vieux style écossais. Devant le château s’étend un jardin au bout duquel commence la pente d’une haute colline boisée; derrière le château, le sol tout boisé descend en pente douce vers la Dee; de toutes parts, des collines bornent l’horizon.