Le 30 août 1856, en revenant au château, la reine le trouve achevé. Elle est émerveillée de l’ensemble. Le 13 octobre de la même année, elle écrit dans son journal:

«Chaque année, mon cœur s’attache davantage à ce cher paradis, et d’autant plus que tout ici est l’œuvre de mon Albert bien-aimé, comme à Osborne.»

Toute une vie de bonheur s’écoule dans ces parages. Le 21 août 1862, la reine, devenue veuve, revient à Balmoral, pour la première fois sans celui qu’elle adorait. Son premier soin est d’élever un cairn à sa mémoire. Elle écrit ce jour-là:

«A onze heures, nous partons tous pour Craig Lowrigan. La vue est très belle et le jour très brillant. La bruyère est violette; mais, hélas! je ne ressens plus de plaisir ni de joie! Tout est mort pour moi! Voici au sommet de la colline les fondations du cairn qui aura 42 pieds à sa base et d’où l’image de mon précieux Albert dominera toute la vallée. Six de mes orphelins et moi plaçons chacun notre pierre qui porte nos initiales gravées; nous posons aussi celle des trois plus jeunes absents. Je me sens tout ébranlée et nerveuse. Le monument aura 35 pieds de hauteur et on y lira l’inscription suivante:

A LA MÉMOIRE BIEN-AIMÉE
D’ALBERT, LE GRAND ET BON PRINCE CONSORT,
ÉLEVÉ PAR SA VEUVE AU CŒUR BRISÉ
VICTORIA R.
LE 21 AOUT 1862

Étant parfait, il a pu accomplir sa destinée en peu de temps.

Son âme plut au Seigneur
Qui le rappela à lui
Du monde des méchants.

Sagesse de Salomon, IV, 13, 14.

«Je rentre très fatiguée de ce pèlerinage à travers la bruyère et par de mauvaises routes.»

Les années suivantes, elle inaugure les statues de son époux à Aberdeen et à Balmoral.