Le 8 octobre 1870, Victoria célèbre à Balmoral les fiançailles de sa fille, la princesse Louise, avec le marquis de Lorne.

Le 19 juin 1879, un mois après l’érection du cairn à la mémoire de sa fille la princesse Alice, grande-duchesse de Hesse, elle apprend à Balmoral la mort du prince impérial Napoléon IV. Elle écrit ce jour-là:

«A onze heures moins vingt, Brown frappe et dit en entrant qu’il apporte de mauvaises nouvelles. Tout alarmée, je lui demande de qui il s’agit: «Le jeune prince français a été tué», me répond-il, et, comme je ne comprenais rien à ce qu’il me disait, Béatrice entre avec le télégramme à la main et s’écrie: «Le prince impérial vient d’être tué au Zoulouland!» Un frémissement d’horreur me parcourt au moment où j’écris ces lignes.

«Je me prends la tête dans les mains: «Non, non, c’est impossible!» Béatrice pleure à chaudes larmes. Je prends connaissance du télégramme.

«Pauvre, pauvre impératrice! Son fils unique parti! Quel malheur! Je suis dans la plus grande détresse.»

La reine se couche tard ce jour-là et ne peut fermer l’œil de la nuit. Le lendemain, elle commence son journal par ces mots:

«Passé une très mauvaise nuit, sans pouvoir goûter le moindre sommeil, hantée par l’horrible nouvelle et ayant des Zoulous devant les yeux. Ma pensée n’a pas quitté la pauvre impératrice Eugénie, qui ne connaît pas encore son malheur. Il y a aujourd’hui quarante-deux ans que je suis montée sur le trône, mais je ne pense qu’au triste événement.»

Balmoral a aussi assisté à des événements heureux, les lunes de miel des duc et duchesse de Connaught, des duc et duchesse d’Albany, des prince et princesse Henry de Battenberg. La fille et le fils de ces derniers, la princesse Eva et le prince Donald sont nés au château en 1887 et 1891.

La reine n’a jamais manqué de venir deux fois par an passer quelque temps dans son home écossais. En mai et juin, elle y passe quelques semaines, au cours desquelles elle célèbre toujours son anniversaire de naissance, et elle y revient au milieu d’août pour y séjourner jusqu’au milieu de novembre. On devine que sa vie y est quelque peu changée, maintenant que l’âge lui interdit les longues chevauchées et les excursions de plusieurs jours en voiture. Elle n’en vit que plus intimement au milieu de tous les souvenirs que lui rappellent, à chaque pas, un arbre planté, un cairn, une croix commémorative, une inscription. Elle n’y est gardée que par un seul policeman, qui circule dans les jardins autour de la maison pour détourner les curieux ou les reporters qui ne manqueraient pas de s’introduire chez la reine. Malgré tout, elle parle toujours de Balmoral comme d’un Eden, où elle puise en quelques semaines la force de vivre ailleurs le reste de l’année.