Le prince Albert.

IX
La reine Victoria épouse.

Épouse et camarade.—Attentions et prévenances.—En vedette.—Le titre de roi consort.—Dans le lac.—Dorlottée.—Tout meurt avec lui.—Convois, statues, memorials.—Dernier portrait.

Victoria fut une épouse modèle, comme le prince Albert fut un époux idéal. Se rendant parfaitement compte de la fausseté de sa position, il n’a jamais cherché qu’à rendre service à la reine et à faire en sorte que son règne fût aussi glorieux que possible.

La reine lui a prodigué durant toute sa vie tous les trésors d’affection et c’est surtout son amour pour l’époux de son choix qui lui a donné la force d’accomplir sa destinée.

Dès le début de son mariage, elle aurait voulu faire conférer au prince Albert, par acte du Parlement, le titre de roi consort. Elle s’ouvrit de ce projet au roi Léopold et au baron Stockmar, qui tous deux furent d’avis qu’il fallait attendre que le prince eût acquis des droits sérieux à la confiance de la nation. Elle patienta et, en 1845, lorsque le prince se fut acquitté avec éclat du rôle de directeur des Beaux-Arts qui lui avait été confié par le Conseil des ministres et qu’il eût aux yeux de tous donné la mesure de ses hautes capacités et de la solidité de son jugement, elle vint à la rescousse; mais cette fois encore, le baron Stockmar fut d’avis que ce serait éveiller les susceptibilités de la nation que de donner à un étranger le titre de roi d’Angleterre. Sir Robert Peel et le duc d’Aberdeen furent du même avis; le premier prit même les devants et s’arrangea pour être interpellé à ce sujet à la Chambre des communes, afin de faire cesser les bruits qui couraient d’un si grand changement à la Constitution.

La reine, en poursuivant son but, n’avait en vue que de conférer à son époux une dignité qui cadrât mieux avec la haute idée qu’elle en avait. Elle prit bravement son parti de son échec et s’attacha à régner autant que possible selon les idées du prince Albert. En toute chose elle lui demandait conseil et ce n’est qu’après avoir eu ses avis qu’elle agissait.

C’est le souci de la santé de ce précieux compagnon qui lui fit acheter successivement Osborne et Balmoral, en même temps que le désir de goûter avec lui un genre de vie plus en rapport avec ses goûts et dans lequel disparût la différence de leurs situations.