Le prince Albert aimait les enfants: elle voulut lui donner une nombreuse progéniture et s’appliqua de son mieux à concilier ses devoirs d’épouse et de reine.

En tout elle adopta ses goûts; les plaisirs favoris de son époux devenaient aussitôt les siens; elle ne voyait que par ses yeux et n’était jamais si heureuse que quand leurs idées se rencontraient sur un sujet quelconque.

Plusieurs fois le prince fut l’objet des attaques de la presse. La reine s’en montra très affectée et s’efforça de les lui faire oublier. Chaque fois qu’elle put le mettre en vedette aux yeux du pays, elle n’en laissa point échapper l’occasion. Elle lui sut gré de s’instruire dans les lois de l’Angleterre et de se faire recevoir docteur de l’Université d’Oxford. Elle le vit avec plaisir prendre en mains l’organisation de l’exposition de 1851, qui donna un si grand essor à l’industrie nationale. Elle le pressa d’accepter le titre de chancelier de l’Université de Cambridge, lorsque cet honneur lui fut offert et elle visita l’Université pour lui donner l’occasion d’exercer ses prérogatives en souhaitant la bienvenue à sa souveraine.

Elle sut apprécier la besogne écrasante et ingrate à laquelle il se condamna en lui servant de secrétaire particulier, avant le général sir Henry Ponsonby et sir Bigge. Elle lui fut surtout reconnaissante de se dévouer au bien extérieur et intérieur du Royaume-Uni.

Toutes les lettres de Victoria sont pleines d’admiration et d’amour pour son époux; ses mémoires sont remplis de lui et, depuis sa mort, la mémoire du cher défunt est associée à ses moindres souvenirs.

Elle constate avec plaisir qu’il produit une excellente impression sur tous ses ministres, quoique de partis opposés; sur les souverains étrangers qui viennent à la Cour et sur l’aristocratie. Elle dissipe d’avance les préventions de ceux qui l’approchent pour la première fois avec les préjugés de la foule. Lorsque la haine des partis semble l’emporter et essaye de jeter la suspicion sur lui, elle le défend alors énergiquement et le couvre de son autorité.

Sans la reine, le prince Albert n’eût sans doute eu à la Cour de Saint-James que le rôle effacé de l’époux de la reine Anne; grâce à elle, il est au contraire considéré par tous comme le premier personnage après la reine et comme son mentor en toutes choses.

La veille du baptême de la princesse royale, devenue l’impératrice Frédéric, le prince en patinant sur le lac de Buckingham Palace tombe dans l’eau glacée. Tous poussent des cris et courent chercher des cordes, des échelles; la reine se précipite sur la glace au risque de la sentir se dérober sous elle et lui porte un prompt secours.

Dans ses excursions à travers les Highlands, elle est heureuse du charme que son époux exerce sur tous ceux qui l’approchent et des hommages sincères qui lui sont rendus par ses fidèles écossais.

S’il doit la quitter, ne fût-ce que pour quelques jours, elle en a du chagrin et ses mémoires attestent qu’elle compte les jours qui la séparent de son retour. Dans ses jeunes années elle partage ses plaisirs, fait de longues et fatigantes chevauchées à travers les pics montagneux, chasse le daim dans les forêts qui lui rappellent celle de Thuringe. A sa fête et à l’anniversaire de sa naissance, elle s’ingénie à lui faire plaisir et lui prépare des fêtes qui lui rappellent son pays natal.