Le nombre des petits-enfants et arrière-petits-enfants de Victoria est énorme. Malgré leur nombre, elle les connaît tous de nom tout au moins et n’oublie jamais de leur donner de ses nouvelles à l’occasion de leur anniversaire de naissance ou de Noël.
Les enfants de la reine ont toujours été sa constante préoccupation, tant que leur éducation n’a pas été terminée. Elle a toujours surveillé elle-même leurs progrès et le cours de leurs études. A toute heure et partout, les précepteurs et gouvernantes étaient autorisés à entrer chez la reine, lorsqu’il s’agissait de ses enfants et elle s’est toujours montrée sévère vis-à-vis d’eux lorsque leur intérêt était en jeu.
Elle a voulu qu’ils parlassent toutes les langues européennes et connussent, les garçons du moins, les colonies de l’empire britannique. Son grand rêve était d’avoir un fils à la tête de l’armée et un autre à la tête de la marine anglaise. Il sera probablement à moitié réalisé par le duc de Connaught, qui passe pour un brillant officier et est très aimé de la nation; quant à la marine, ce sera probablement le duc d’York, fils aîné du prince de Galles, depuis la mort du duc de Clarence et d’Avondale, qui recueillera plus tard l’héritage du duc d’Edimbourg dénationalisé.
La reine s’est toujours appliquée à faire naître entre tous ses enfants des sentiments d’affection et de dévouement inaltérables, et vis-à-vis d’elle et du prince Albert, la plus entière confiance. Elle écrivait en 1844 sur le cahier de communication entre les gouvernantes et elle: «Le principe qui doit dominer est que les enfants soient élevés aussi simplement que possible, qu’on les laisse le plus souvent avec leurs parents en dehors des heures d’étude, et qu’ils apprennent à mettre toute leur confiance en eux.» Elle y a en grande partie réussi. Dès leurs jeunes années, les princes et princesses jouaient en commun et organisaient à Osborne des petites fêtes en l’honneur de leurs parents.
Dans ses mémoires, la princesse Alice, grande-duchesse de Hesse, raconte comment, à l’occasion de l’anniversaire de leur père, ils organisèrent entre eux une représentation de l’Athalie, de Racine, en français. La princesse Alice avait le rôle de Joad et celui de Josabeth; la princesse Wicky remplissait le rôle d’Athalie; Lenchen ou Hélène, celui d’Agar; Affie, le prince Alfred, celui de Joas, tandis que le prince de Galles s’était réservé celui d’Abner.
La représentation fut parfaite au dire de la reine et du prince et de tous les personnages de la Cour qui y assistèrent.
La reine est grande amie des sports: elle veut que le corps ait sa grande part dans l’éducation et elle donne elle-même l’exemple en chevauchant par les montagnes chaque fois qu’elle en trouve l’occasion. Ses enfants sont habitués de bonne heure à la vie au grand air et aux exercices physiques. Tous les princes et princesses font de la bicyclette, depuis le jour où elle rencontra une dame cycliste dans Newport Road, près d’Osborne; et rien n’amuse leur mère comme de les voir zigzaguer leurs premières pédalées; ils pratiquent le tennis, le hockey, le canotage. Elle voit avec plaisir les progrès de l’automobilisme et se souvient d’avoir été avec sa mère visiter son oncle le roi George IV à la loge royale en voiture à vapeur. Il y a encore à Windsor un vieillard qui est tout fier de raconter qu’il l’a vue descendre de cette voiture sans chevaux.
Le duc d’Edimbourg, deuxième fils de la Reine.