En matière religieuse, elle est protestante et veut que ses enfants le soient; mais elle ne veut pas arrêter son esprit aux subtilités des différentes sectes. Elle tient avant tout à ce que ses enfants soient religieux dans leurs actions, plutôt que dans les marques extérieures du culte.
Le duc de Connaught, troisième fils de la Reine.
Pour ses fils, elle veut une éducation virile et, malgré son grand regret de se séparer d’eux, elle les envoie de bonne heure aux quatre points cardinaux, en bonne reine anglaise sur l’empire de laquelle le soleil ne se couche jamais.
Elle veut être la confidente de ses enfants et se montre heureuse chaque fois que ceux-ci lui font part de leurs ennuis; mais elle ne provoque jamais leurs confidences par des questions indiscrètes, voulant, en respectant leurs petits secrets, développer chez eux le sentiment de la personnalité.
En un mot, Victoria est une mère éclairée, qui élève ses enfants pour eux-mêmes et en vue de leurs différentes destinées. Elle s’en est pourtant réservé une, la dernière, la pauvre princesse Béatrice qu’elle a sacrifiée en l’élevant pour elle-même, par crainte de la solitude dans l’âge avancé; mais, du moins, elle s’est ingéniée à lui rendre le sacrifice aussi léger que possible et à la récompenser en tendresses maternelles des soins dévoués dont elle ne cesse d’être l’objet de sa part depuis de si nombreuses années. La princesse aura des mémoires bien intéressants à publier, si elle survit à la reine sa mère, car elle aura assisté aux moindres événements de la seconde moitié de son long règne.
XI
La reine Victoria et ses domestiques.
L’attachement de la reine pour ses vieux serviteurs.—John Brown.—Sa brutale franchise.—Le caractère.—La reine à l’enterrement du père de Brown.—Brown la quitte.—La reine honore en lui le modèle des serviteurs.
Il est rare qu’entourée, comme elle l’est toujours, de membres de la famille royale, de gentlemen et de dames de la Cour, la reine ait personnellement affaire avec les domestiques. Lorsqu’elle est en promenade ou en villégiature à Balmoral, il arrive cependant qu’elle donne directement des ordres. Il faut qu’alors elle soit promptement et fidèlement obéie. Lorsque quelque chose ne lui paraît pas naturel, elle prescrit ou fait elle-même une enquête et il faut qu’elle aille au fond des choses, car, lorsqu’elle a une fois donné sa confiance, elle a de la peine à la retirer et ne la retire qu’en toute connaissance de cause.
Elle a toujours observé elle-même et exigé des siens le respect des serviteurs.