La reine se contenta de rire en regardant John Brown se fâcher.

De même que la reine a dédié le premier volume des mémoires de sa vie dans les Highlands «à la chère mémoire de celui qui a rendu heureuse et sans nuage la vie de l’auteur», c’est-à-dire à son époux le prince Albert, de même elle en a dédié le second volume à John Brown.

On lit en effet sur la première page du livre:

A MES LOYAUX HIGHLANDERS
ET SPÉCIALEMENT
A LA MÉMOIRE DE
MON DÉVOUÉ SERVITEUR PERSONNEL ET FIDÈLE AMI
JOHN BROWN
CES MÉMOIRES DE MA VIE DE VEUVE EN ÉCOSSE
SONT DÉDIÉS AVEC RECONNAISSANCE
PAR
Victoria, Regina Imperatrix.

John Brown vient à perdre son père âgé de quatre-vingt six ans. Le 21 octobre 1875, la reine assiste aux funérailles qui se font à Micras, petit village en face d’Abergeldie, voisin de Balmoral et écrit le soir dans son journal:

Jeudi, 21 octobre 1875.

«Je suis très contrariée que le temps soit si mauvais pour les funérailles du père de Brown, triste cérémonie qui doit avoir lieu aujourd’hui. Il pleut désespérément, c’est le neuvième jour qu’il fait pareil temps. Ironie! J’ai vu le bon Brown un instant avant déjeuner: il était abattu et triste et partait pour Micras. A midi moins vingt, nous partons en voiture avec Béatrice et Jane Ely pour Micras. En route nous rencontrons le docteur Robertson. Tout le long de la maison mortuaire, se tiennent des quantités de gens. Brown me dit qu’il y en avait au moins une centaine. Tous mes gardes, Mitchell le forgeron, Vern de Blachanturn, Symon, Graat, les cinq oncles de Brown, Leys, Thomson le maître de poste, le garde forestier, les gens de Micras-le-bas et d’Aberarder, et mes gens Heale, Löhlein de retour aujourd’hui d’un congé d’une semaine, Cowley Jarrett, Ross et Collins, sergent valet de pied, Brown et ses quatre frères, le cinquième étant en Nouvelle-Zélande. Donald, arrivé seulement pendant la nuit et qui arrive du Buisson, la ferme de son frère Guillaume, nous conduit à la cuisine où se tient la pauvre mistress Brown, assise près du feu et tout abattue, mais cependant calme et pleine de dignité. Mr. William Brown est d’une extrême bonté et se rend utile ainsi que la vieille belle-sœur et sa fille. L’honorable Mr. West, Mr. Sahl, les docteurs Marshall et Profeit, Mr. Begg et le docteur Robertson sont également présents. Les fils et un petit nombre de personnes que Brown a renvoyés de la cuisine, sont dans l’autre petite chambre, avec le cercueil. Un petit passage sépare toujours la cuisine du sitting-room dans ces vieilles maisons et la porte est en face de cette dernière pièce, l’unique porte. Mr. Campbell, le ministre de l’église de Crathie est debout dans le passage de la porte. Aussitôt qu’il commence les prières, la pauvre vieille mistress Brown se lève et vient auprès de moi, entendant, mais hélas ne voyant plus et s’appuyant sur le dos d’une chaise pendant les oraisons que Mr. Campbell dit d’une façon admirable.

«Quand il a terminé, Brown vient et fait asseoir sa mère pendant que ses frères emportent le cercueil. Tout le monde sort et suit. Nous sortons aussi en toute hâte et voyons mettre le cercueil sur le corbillard, puis nous gagnons un petit monticule d’où nous voyons la procession s’éloigner tristement sur la route tortueuse.

«Les fils sont là; je puis les distinguer facilement à ce qu’ils sont tout près de Brown qui marche le premier derrière le corbillard. Tout le monde est à pied, à l’exception de nos gentlemen qui sont en voiture. La pluie cesse heureusement. Je rentre de nouveau dans la maison et essaye de consoler la chère mistress Brown. Je lui fais cadeau d’une broche de deuil contenant une mèche des cheveux de son mari coupée de la veille. J’ai l’intention d’offrir un médaillon à chacun des fils.

«Lorsque le cercueil est parti, elle éclate douloureusement en sanglots.