«Nous prenons un verre de whisky avec de l’eau et du fromage, suivant la coutume des Highlands et nous rentrons, en recommandant à la vieille dame d’avoir du courage. Je lui dis que la séparation n’est que temporaire. Nous rattrapons en voiture la procession et arrivons à temps pour voir par le carreau de la portière porter le cercueil dans le cimetière. J’avais du chagrin de ne pouvoir entrer au cimetière.
«Je vois mon bon Brown à un peu plus de deux heures. Il me dit que tout s’est bien passé; mais il me paraît très triste. Il doit retourner à Micras pour assister au thé de la famille. C’est là une épreuve terrible pour la pauvre veuve, mais qu’il était impossible de lui éviter. Déjà hier matin elle a eu plusieurs femmes et voisins au thé. Tout le monde a été plein de bonté et de sympathie pour elle, et Brown a été bien consolé par les marques de respect que lui et sa famille ont reçues aujourd’hui.»
Ne dirait-on pas que cette page a été écrite par une proche parente du défunt?
A chaque page des mémoires de la reine on retrouve le nom de Brown. Le 12 septembre 1877, la reine rapporte un accident arrivé à son domestique «qui a le genou fortement enflé».
Lorsque Brown n’est pas là, il lui manque et elle lui rapporte tout ce qu’elle a eu à souffrir en son absence. Elle écrit, le 23 août 1878, à Broxmouth, où elle est en visite:
«Comme il pleuvait, je me suis étendue sur le sofa et ai lu. C’est là qu’on m’apporta la nouvelle de la mort terrible de la chère Mme Van de Weyer, qui m’a beaucoup affectée. A la maison on eût pris beaucoup plus de ménagements. J’ai envoyé dire cela à Brown, qui en a été très choqué.»
Les membres de la famille royale avaient eux-mêmes a compter avec Brown.
Le 27 mars 1883, la reine perdit ce fidèle serviteur d’un érysipèle et faillit en faire une maladie. Elle lui avait fait construire à Crathie une petite maison en briques pour ses vieux jours: elle en fit cadeau à sa famille et lui éleva dans le cimetière du village un petit monument. Elle y fit de pieux pèlerinages et versa des larmes sur sa tombe. Elle commanda sa statue à Brœm, le même sculpteur auquel on doit la statue de la reine qui est à la porte de la cité de Londres et la fit ériger à Balmoral à quelques mètres du château, dans le jardin, en face de ses fenêtres. La chambre que l’Écossais occupait à Windsor a été depuis sa mort absolument respectée: tout y est encore à la même place, suivant le désir de la reine.
Enfin elle termine le second volume de ses mémoires par ces mots:
CONCLUSION