extraordinaire dans l’isolement où Victoria se sentit après la mort du prince Albert, avec un besoin d’affection de tous les instants, plus impérieux à mesure que les années s’accumulaient sur la tête de la souveraine.
On dit que Brown avait, lui aussi, écrit ses mémoires qu’il destinait à la publication et que, sur l’ordre de la reine, tous ses papiers ont été saisis et lus par elle. Qui sait si ce n’est pas la lecture de ces mémoires intimes, auxquels le serviteur confiait ses pensées les plus secrètes, qui a démontré à la reine la sincérité absolue de son dévouement? En lui rendant les honneurs qu’on ne rend généralement qu’aux grands hommes, la reine a voulu perpétuer le souvenir du serviteur modèle, dont l’espèce semble disparaître de plus en plus.
Depuis Brown, le serviteur intime de la reine est l’Écossais Grant, qui se montre attentif à ses moindres désirs, mais n’a jamais été admis dans le même degré d’intimité.
XII
La reine Victoria chez ses sujets.
Comment la reine s’invite chez les autres.—Partout maîtresse.—Coucher de bonne heure.—Croquis et souvenirs.
La reine Victoria aime à vivre de la vie de ses sujets. Aussi exprime-t-elle fréquemment, dans ses excursions, ou dans ses villégiatures, le désir d’être reçue par l’un d’eux. C’est toujours avec un grand plaisir qu’un seigneur reçoit la nouvelle d’une visite de la reine. Il se mêle bien souvent à ce plaisir un sentiment de fierté; cela pose aux yeux de l’aristocratie d’avoir hébergé la reine. Aussi la faveur d’être son hôte est-elle universellement recherchée. Lorsque la reine a manifesté le désir de visiter un château, le propriétaire en est avisé officieusement. Il n’a plus alors qu’à envoyer l’invitation officielle qu’il est sûr de ne pas voir déclinée. Il met sa demeure sens dessus dessous pour que rien ne cloche et bien souvent il se lance dans les dépenses.
Il arrive quelquefois, lorsque tout est prêt pour la recevoir, que la reine change brusquement d’avis et que son hôte en reste pour ses frais. Le plus souvent cependant, elle arrive ponctuellement à l’heure dite et elle se montre reconnaissante de ce qu’on a fait pour elle.
Lorsque le prince Albert fut élu chancelier de l’Université de Cambridge, une des hautes personnalités de la ville universitaire fut choisie pour donner l’hospitalité au couple royal.
Celui-ci ne changea rien à ses habitudes et fut hors de lui, quand, avec la reine et le prince qu’il attendait, il vit tomber chez lui toute leur suite. Il prit cependant son parti en brave et fit de son mieux pour faire face à ses obligations.