Un dernier mot sur la question économique: dans l’espace de ces vingt dernières années, l’Angleterre a amorti cinq milliards de sa dette. Il est vrai qu’elle n’a entretenu d’armée que le strict nécessaire pour la garde de ses colonies. Le désarroi militaire dans lequel l’a surprise l’ultimatum des Boers a suffisamment démontré qu’elle ne saurait prétendre à garder plus longtemps de si vastes territoires sans une armée régulière puissante et bien entraînée. Il faut s’attendre à de profondes réformes de ce côté. Un des privilèges arrachés sous ce règne à la noblesse, a été l’abolition de l’achat des grades dans l’armée: c’était le commencement d’une réorganisation militaire qui s’est arrêtée en route. Bon gré, mal gré, la guerre du Transvaal la remet à l’ordre du jour.
Nous ne dirons qu’un mot de la marine anglaise qui, malgré les progrès de la vapeur et de la construction navale militaire, qui l’ont obligée à des sacrifices énormes, a gardé son avance sur toutes les marines du monde. Il semble toutefois que l’attitude cassante de l’Angleterre vis-à-vis de la France dans la petite affaire de Fachoda, aura eu pour effet de pousser les nations continentales à faire de grandes dépenses en défense navale et en construction de navires.
Le développement intellectuel aura été énorme au cours de ces soixante-trois ans et l’éducation physique et morale du peuple aura fait de très grands progrès. Par suite, les institutions de bienfaisance, tels que les hospices de vieillards, les maisons de retraite, les hôpitaux, les maisons hospitalières se sont multipliés.
En matière religieuse, l’ère de Victoria n’aura pas été indifférente, comme en témoignent les nombreuses sectes qui ont été successivement fondées. Toutefois, l’anglo-catholicisme, incarné dans Newman et suscité dans le mouvement d’Oxford, semble avoir eu une grande influence sur les croyances de la nation.
La littérature et les sciences ont aussi connu sous ce règne leur plus belle floraison: le roman a atteint l’apogée avec Dickens, Thackeray, Bulwer Lytton, George Elliot, Bronte, Mme Gaskell, George Meredith, Thomas Hardy; la poésie s’est élevée aux plus hautes régions de l’idéal avec Woodsworth, Southey, Browning, Tennyson, Mathew Arnold, Rosetti, William Morris et Swinburne, pour ne pas parler des poètes secondaires d’une réelle envolée. Macaulay, Grote, Freeman, Lecky, Gardiner, Theodore Martin forment une illustre pléiade d’historiens de talent; Stuart Mill, Baine et Spencer, un trio de philosophes d’envergure; Darwin, Faraday, Maxwell, Stewart, un quatuor de savants émérites; Ruskin, Hunt, Everett Millais, Rossetti, Watts, Landseer, Green et Scott, un groupe d’artistes, dont leur pays peut se montrer justement fier.
Le foyer n’est pas une pierre, dit un proverbe indien, mais une femme. On est tenté de l’appliquer à la vieille reine qui a, pendant plus de soixante ans, présidé au foyer britannique, d’où est plus d’une fois parti le progrès, pour rayonner sur le monde entier. Elle a été le centre, le cœur de la nation; vers elle ont convergé tous les efforts de son peuple, répandu sous toutes les latitudes, et c’est de ces efforts épars qu’est faite sa gloire universelle. Voilà pourquoi la reine est sacrée pour tous les Anglais; toucher à leur reine, c’est toucher à la gloire de leur nation; leur reine, c’est leur patrie et c’est pour leur patrie qu’ils prient, lorsqu’ils chantent le God save the Queen.
TABLE
| [I Du berceau au trône.] | |
|---|---|
| Jolie fleur de mai.—Sur les fonds d’or de la Tour de Londres.—Niun nom ni l’autre, Victoria.—Claremont.—L’orpheline deSydmouth.—La Cour de poupées de la princesse Drina.—Poupéesvivantes.—150.000 francs à dépenser par an à six ans.—Rayonset ombres.—L’écolière.—Un instrument de torture sous clé.—Finide rire.—Bal d’enfants à la Cour.—La Tour d’Angleterre.—Confirmation.—Petitemarraine d’un grand port.—Majeure.—Lesommeil d’une reine appartient à l’État.—La reine et sonpremier ministre.—Premier conseil privé.—Dans la cour deSaint-James Palace.—Les ancêtres de la reine. | [1] |
| [II Apprentissage de reine.] | |
| Bon terrain de culture.—L’âme de la nation.—L’influence de LordMelbourne.—Les 100.000 Irlandais de Daniel O’Connell.—Autour d’un autre.—Constitution hypocrite.—De l’air.—L’affairedes Dames de la chambre à coucher.—Une reine à la tâche.—Çane vaut pas la mort d’un homme.—Gigot haricots.—Do...do... ré... si..... do ré...—Un drawing-room, baisera, baisera pas.—MistressLangtry redresse ses plumes.—Tendons les reins.—Plusbesoin de dollars.—Les singeries du Black Rod.—Retenezvos numéros.—L’or et les lords.—Reine ou femme?Femme.—Un monarque sans Cour est un meuble inutile. | [30] |
| [III Sur la chaise d’Édouard le Confesseur.] | |
| 70.000 livres sterling à dépenser.—Les pieds humides.—De BuckinghamPalace à Westminster Abbey en passant par Whitehall.—Hipp!hipp! hourrah!—Le passé et l’avenir.—La chaised’Édouard le Confesseur.—L’oreiller de Jacob.—Les diamantsd’Esterhazy.—Soult et Wellington.—Le rite veut que le contenantsoit plus petit que le contenu.—Tous coiffés.—Aux uns lajoue, aux autres la main.—Médailles à la volée.—Dash aboie. | [54] |
| [IV La Maison de la Reine.] | |
| Ce que coûte à la nation la reine, la famille royale et le mari de lareine.—L’incohérence de la Tour de Babel.—L’aventure d’unministre français très pressé.—Les emplois à la Cour et lessinécures.—Les écuries de Pimlico.—Gants à six boutons.—Victoriane sait pas s’habiller.—C’est à qui ne veut pas decadeaux.—Ce que coûtent à l’État les révérences du Black Rodet les dithyrambes du poète-lauréat.—L’ordre de préséance. | [64] |
| [V La Cour de Saint-James.] | |
| Le vieux Saint-James.—Les merry wives of Windsor.—L’assainissement.—LesMémoires d’un vieil Anglais parisiennant.—Reineet Empereur.—Le thé sous la feuillée.—A la table royale.—LesVeomen de la Garde du corps.—La partie de whist.—Lecoriza de la comtesse de Bunsen.—Les petits cheveux de laprincesse de Galles.—Les divorcées.—L’oreiller de peau duvieux duc de Cambridge.—No smoking.—Le mot de NapoléonIII.—La loi des contrastes. | [77] |
| [VI A la conquête d’une autre couronne.] | |
| Nemours, Cumberland ou Cambridge? Saxe-Cabourg-Gotha.—Premiervoyage du prince Albert en Angleterre.—Le manuscritde Voltaire et la rose des Alpes.—Deuxième voyage.—La reinearrête son choix.—Déclaration à l’Anglaise.—Le doigt du vieuxLéopold et de son alter ego le baron de Stockmar.—La situationdu prince Albert discutée à la Chambre des lords.—Unmari aux enchères.—Les délégués de la nation anglaise à Gotha.—Douloureuseséparation.—Mal de mer.—L’arrivée à BuckinghamPalace.—Le serment luthérien.—La couronne demyrthes.—Noce et lune de miel. | [94] |
| [VII Les palais de la reine.] | |
| I.—BUCKINGHAM PALACE | |
| Histoire du palais.—La première tasse de thé bue en Angleterre.—Visiteà travers les salons.—Souvenirs et curiosités.—Superbecollection artistique.—L’investiture de Napoléon III comme chevalierde l’Ordre de la Jarretière.—Les mémoires tristes dupalais. | [108] |
| II.—WINDSOR CASTLE | |
| Guillaume le Conquérant veut un château.—Édouard III a trouvéun moyen de s’en construire un plus grand.—Le parc.—La terrasse.—Laforêt.—Les appartements privés de la reine.—Lesappartements d’apparat.—La salle de Waterloo.—Jean deFrance et Louis-Philippe.—Les étendards de Crécy et deWaterloo. | [109] |
| [VIII Les Homes de la Reine.] | |
| I.—OSBORNE HOUSE | |
| Le manoir d’Eustache Mann.—Les attentions de l’époux et dupère la famille.—Le cottage suisse et ses neuf jardinets.—Ala cuisine des princesses royales.—La chambre indienne.—Vertusdomestiques. | [132] |
| II.—BALMORAL CASTLE | |
| Sur les bords de la Dee.—Magnifique panorama.—La vie dansles montagnes.—Idylles et jours tragiques.—La dépêche duZululand.—Au milieu de ses souvenirs. | [133] |
| [IX La Reine Victoria épouse.] | |
| Épouse et camarade.—Attentions et prévenances.—En vedette.—Letitre de roi-consort.—Dans le lac.—Dorlottée.—Toutmeurt avec lui.—Convois, statues, mémorials.—Dernier portrait. | [155] |
| [X La Reine Victoria mère.] | |
| Les neuf enfants de la reine.—Leurs aptitudes diverses.—Têted’homme et cœur de femme.—Le sang anglais de Guillaume II.—Lecharpentier et le ménétrier de la Cour.—La future belle-mèrede Nicolas II de Russie.—Bois-sec.—L’élève deMrs Thornicroft.—Le tambour orageux.—Le prince savant.—Lapetite vieille.—Principes d’éducation.—L’appréciationd’un attaché à Osborne.—Les sports.—Mère éclairée.—Lesacrifice de Benjamin. | [162] |
| [XI La Reine Victoria et ses domestiques.] | |
| L’attachement de la reine pour ses vieux serviteurs.—John Brown.—Sabrutale franchise.—Le caractère.—La reine à l’enterrementdu père de Brown.—Brown la quitte.—La reine honoreen lui le modèle des serviteurs. | [175] |
| [XII La Reine Victoria chez ses sujets.] | |
| Comment la reine s’invite chez les autres.—Partout maîtresse.—Coucherde bonne heure.—Croquis et souvenirs. | [188] |
| [XIII Comment la Reine voyage.] | |
| Le train royal.—Sa composition.—Le jour d’un départ.—Envoiture, les voyageurs.—Voici la reine.—Partir.—La surveillancede la voie.—De Portsmouth à Cowes par mer.—Unvoyage sur le Continent.—Jacquot à destination.—Coquetteriepatriotique de la reine des Mers. | [192] |
| [XIV La Reine Victoria et ses chiens.] | |
| L’amour des bêtes.—La ménagerie royale.—La maternité àHampton Court.—On ne vieillit pas sous les harnais royaux.—Lemusée des chiens de Windsor Park.—La véranda de lareine.—Thermes de chiens.—La liste des grands favoris.—Onne passe pas, même au nom de la reine.—Schopenhauer araison.—Le proscrit de Mendelssohn.—Amour platonique.—Lepauvre Sanger.—Empereur et Jacquot; grandeur et décadence. | [205] |
| [XV La Reine Victoria propriétaire.] | |
| La plus riche propriétaire du Royaume-Uni.—Les dettes du ducde Kent.—Principales propriétés de Victoria.—Les bons conseilsde lord Sydney et de lord Cross.—La reine et sesmétayers.—Trop cher pour ses moyens.—Un autographe de lareine aux enchères.—Prodigue ou avare de son effigie, suivantles cas.—Les fermes et leurs produits.—Les legs de ses admirateurs.—Sonportefeuille de mines d’or.—Fils prodigues. | [216] |
| [XVI La Reine Victoria artiste et écrivain.] | |
| Croquis et aquarelles.—La peinture à la Cour.—La copie de lanature.—Tous modèles.—Victoria au piano.—Son chant.—Unelettre de Mendelssohn.—Victoria écrivain.—Protectricedes arts. | [223] |
| [XVII Attentats contre la Reine Victoria.] | |
| Les sept attentats contre la reine.—Oxford, Francis, Bean,Hamilton, le capitaine Peter, Arthur O’Connor, RoderickMaclean.—Un accident de voiture dans les Highlands.—Mot dela reine.—Le naufrage de Misletoe. | [237] |
| [XVIII Les voyages de la Reine.] | |
| Première visite de la reine au château d’Eu.—Les banquets champêtresdans la forêt.—On reparle du Camp du Drap d’or.—L’équipagese mutine.—Le mariage du duc de Montpensier.—Voyageen Belgique.—Visite au roi de Prusse.—Lavage desrues à l’eau de Cologne.—Le Rhin en feu.—Bonn.—Gotha.—Deuxièmevisite à Eu.—L’Opéra-Comique en plein vent.—Revuedu camp de Boulogne.—Napoléon III et l’impératriceEugénie à Windsor.—La reine à Paris, Saint-Cloud et Versailles.—Balà l’Hôtel de Ville.—Bismark est présenté à lareine.—La revue du Champ-de-Mars.—Devant le cercueil deNapoléon Ier.—Chasse en forêt de Saint-Germain.—Au revoir.—Visiteà Cherbourg.—A bord de la Bretagne.—A la Grande-Chartreuse.—Lareine ne veut plus venir en France. | [246] |
| [XIX Jubilés d’or et de diamant.] | |
| Cinquante ans de règne.—L’Inde célèbre le jubile de sa Kaiseri-hind.—Leplus ébloui n’est pas celui qu’on pense.—La provinceveut en être.—Du jubilé, on en a mis partout.—Onzeheures sonnant.—Les princes indiens et leurs diamants.—Lecortège royal.—Le succès du futur empereur Frédéric.—Surla chaise d’Édouard le Confesseur.—La musique de l’absent.—Lessanglots de la reine.—Garden-party et banquet.—L’Irlandes’insurge.—La pose de la première pierre de l’ImpérialInstitute.—Soixante ans de règne.—Le plus long règne del’histoire du Royaume-Uni. | [268] |
| [XX] | |
| Le Règne de Victoria. | [279] |
Paris.—Imp. PAUL DUPONT, 4, rue du Bouloi Cl. 197.3.1900.
NOTES: