—Je me ferai femme de lettres, répondit une Églantine.

—Et moi bergère, ajouta un Coquelicot.

—Je m’établirai faiseur de mariages, maître d’école, maîtresse de piano, revendeuse de toilette, diseuse de bonne aventure, s’écrièrent en même temps l’Oranger, le Chardon, l’Hortensia, l’Iris et la Marguerite.

Le Pied-d’Alouette parla de ses débuts à l’Opéra, et la Rose jura que lorsqu’elle serait devenue duchesse, elle se donnerait le plaisir de couronner force rosières.

Il y avait là une foule de Fleurs ayant déjà vécu qui assuraient d’ailleurs que la vie était commode et facile chez les hommes. Narcisse et Adonis s’étaient faits les secrets instigateurs de la révolte; Narcisse surtout, qui brûlait de savoir quel effet pouvait produire un joli garçon dans une glace de Venise.

La Fée aux Fleurs resta pendant quelques instants plongée dans ses réflexions, puis elle s’adressa aux rebelles, d’une voix triste, mais ferme:

—Allez, Fleurs abusées, qu’il soit fait selon vos désirs! Montez sur la terre, et vivez de la vie des hommes; bientôt vous me reviendrez.

C’est donc l’histoire des Fleurs devenues femmes qu’on va lire dans ce volume. Nous avons recueilli ces aventures au hasard, en parcourant tous les pays, en interrogeant toutes les classes de la société, sans tenir compte des dates et des époques. Les Fleurs ont vécu un peu partout, peut-être en avez-vous connu sans vous en douter. Il est bien malheureux qu’elles n’aient pas jugé à propos de faire des confidences, ou d’écrire leurs mémoires, cela nous eût évité bien des peines, bien des démarches et surtout bien des erreurs.

Pour en finir avec cette introduction, nous vous dirons que la Fée n’accorda pas la permission demandée sans se promettre intérieurement de se venger. Le lendemain, son jardin était désert. Une fleur cependant était restée, la Bruyère solitaire et qui fleurit toujours.

Symbole de l’amour éternel, elle savait bien qu’il n’y avait pas pour elle de place sur la terre.