Après l’avoir pressée un moment sur tes lèvres amères, tu l’entraînerais au fond des abîmes de l’Océan.

Mais la vague ne se décourage pas: voyez quelle blanche écume elle fait à vos pieds; comme elle s’élève, comme elle bondit: on dirait qu’elle veut saisir elle-même la fleur que vous tenez.

Vous riez de la vague, vous vous moquez de ses efforts, vous agitez la fleur devant elle comme pour lui dire: Tu ne l’auras pas!

Pendant que vous vous applaudissez de votre victoire, l’invincible fascination du gouffre agit à votre insu. Le flot l’emporte. C’en est fait, la branche s’échappe de vos mains, vous la voyez monter et descendre, flotter, tournoyer, puis s’enfoncer dans la mer.

Vous le regrettez, mais il n’est plus temps.

D’où vient ce magnétisme secret dont tout le monde a subi l’atteinte? Pourquoi est-ce toujours à la vague la plus folle qu’on aime à jeter la fleur?

Demandez-moi à quelle femme vous avez jeté votre cœur, et je vous répondrai.