ÉLÉGIE

LE SAULE PLEUREUR

VENEZ sous mon ombre, vous tous qui souffrez, je suis le saule pleureur; je cache sous mon feuillage une femme au doux visage; ses cheveux blonds pendent sur son front et voilent son œil humide: c’est la muse de tous ceux qui ont aimé.

Venez, la mousse qui s’étend à mes pieds est douce, la brise qui passe dans mes branches est rafraîchissante. Vous trouverez celle que vous cherchez, et que vous ne connaissez pas, celle qui doit vous consoler.

Amante et vierge, elle reçoit sur son sein tous ceux qui pleurent. Ses lèvres ne se posent jamais que sur les blessures. Un de ses baisers les guérit.

Elle est la chaîne qui lie la fin de l’homme à son commencement.

Sur les passions de la jeunesse elle sème des fleurs printanières; quand vient l’heure du désenchantement, elle le rend moins amer en faisant paraître à nos yeux la douce chimère du souvenir.

Elle console ceux qui appellent la mort; elle les berce de tendres paroles.—Toute vague a son écume, leur dit-elle; le fond de toute coupe est amer: aimer n’est-ce pas souffrir?

C’est ainsi qu’elle les endort dans leur douleur.