MUSETTE

L’AUBÉPINE

J’AI demandé à l’Aubépine pourquoi je l’aimais tant.

Pourquoi la rose, pleine des larmes de la rosée, pourquoi le lis incliné sur sa tige, pourquoi la tulipe radieuse et la grenade éclatante me paraissaient moins belles.

Pourquoi je préférais son parfum au parfum de la violette, de la vanille, de la citronnelle, et pourquoi sa vue me faisait battre le cœur.

J’ai cueilli la pervenche au bord des ravins, la marguerite dans les prés, le thym au penchant des collines; pervenches, marguerites, thym, pourquoi, ô blanche Aubépine, ai-je toujours tout quitté pour une de tes branches?

L’Aubépine m’a répondu:

—N’as-tu pas dans tes souvenirs un souvenir devant qui tous les autres s’effacent?