Quand tu évoques les chers fantômes de ton cœur, n’en est-il pas un dont l’ombre te paraît plus chère, le sourire plus doux?

Ce fantôme, c’est celle que tu aimas à quinze ans, c’est l’enfant naïve qui t’attendait le soir sous les marronniers, avec ses cheveux dénoués, sa longue robe blanche, sa pâleur et ses yeux bleus pleins de tendresse; c’est celle qui devait être ta femme sur la terre, et qui est ton bon ange dans le ciel.

J’étais là quand tu lui dis: Je t’aime. Je vous écoutais, et je fis pleuvoir sur votre premier baiser la rosée odorante de mes feuilles.

J’ai entendu vos jeunes serments, j’ai vu vos chastes caresses.

La première fleur dont elle se para, c’était ma fleur, la fleur de l’Aubépine. Je m’étais inclinée exprès sur son front, et tu me cueillis.

Je mêlais mon haleine à votre haleine, je parfumais vos innocents entretiens.

En me voyant, tu te souviens, et tu me préfères à mes sœurs, parce que je suis l’Aubépine, la fleur des premières amours.