Vous connaissez l’histoire de Marguerite, celle que le démon tenta. Quand elle faisait aller son rouet, l’ennemi des âmes n’osait s’approcher d’elle.
Le jour, quand nous gardons nos troupeaux, le lin, notre ami fidèle, nous préserve de l’ennui; il tourne gaiement entre nos doigts, et mêle son doux bruit à nos chansons. Aimons le lin, jeunes filles, aimons le lin.
Les contes de la veillée nous paraissent plus amusants, quand le bruit de la petite roue les accompagne.
C’est en filant le lin que ma mère m’a bercée, et m’a appris à bégayer mes premières chansons.
Ma vieille grand’mère se sent encore joyeuse, et chante quelquefois en remuant la tête, lorsqu’elle prend sa quenouille.
Comme le tisserand fait aller joyeusement sa navette sur son métier! Il est blond comme le lin qui compose sa trame. Le tisserand est le roi des ouvriers; il doit faire bon ménage avec la fileuse. Ma mère, je veux épouser un tisserand.
C’est avec le lin qu’on tissera mon voile de fiancée, le lin le plus blanc et le plus pur.
En quoi sera le suaire dans lequel on m’ensevelira quand je serai morte? Filons, jeunes filles, filons le lin.