LE DERNIER CACIQUE
I
LES RICOCHETS
VERS le milieu du siècle dernier, la ville de Mexico s’ennuyait beaucoup. Depuis la mort de Havradi, le fameux toréador, les courses de taureaux étaient sans charme pour le public; la pluie empêchait toutes les processions; les vents avaient retardé l’arrivée de la flotte d’Europe. Les habitants déclamaient contre l’incurie des autorités qui ne cherchaient pas les moyens de les distraire. Le gouverneur don Alvarez Mendoça y Palenzuela en était venu à redouter une émeute.
Un jour qu’il s’était levé de plus mauvaise humeur que de coutume, il songea qu’il était temps de s’occuper des affaires d’État, et ordonna qu’on fît venir le commandant de la force armée, l’illustre don Gonzalve de Saboya, qui prétendait descendre, comme tous les officiers espagnols, de Gonzalve de Cordoue.
Le gouverneur avait son projet: il s’était dit que, depuis longtemps, la ville de Mexico n’avait pas eu d’auto-da-fé, qu’un pareil spectacle aurait le double avantage de faire cesser les murmures de ses administrés, et de le mettre bien avec l’Inquisition, qui l’accusait sourdement de tiédeur.