Au bout d’un quart d’heure, le commandant don Gonzalve de Saboya se présenta.
Le gouverneur le reçut dans la salle d’audience, couché dans un hamac et fumant une cigarette. C’était son attitude ordinaire quand il traitait les hautes questions de gouvernement.
Don Alvarez Mendoça y Palenzuela y Arnam daigna prendre la parole le premier.
—Je ne veux point, seigneur don Gonzalve, abuser de vos moments, j’irai droit au fait: le gouvernement est fort mécontent de vous.
Don Gonzalve devint pâle.
—Comment ai-je pu mériter ses reproches? demanda-t-il. Je m’acquitte avec zèle des devoirs de ma charge, j’ai fait pendre huit voleurs l’autre jour; on n’assassine plus dans les rues que passé huit heures du soir: grâce à ma vigilance, ces damnés bohémiens ont été expulsés de la ville. Peut-on désirer quelque chose de plus?
—Non, reprit le gouverneur: au point de vue du vol et de l’assassinat, vous êtes irréprochable; mais pourquoi faut-il que vous fassiez preuve d’une indulgence si coupable à l’endroit du soleil?
—M’accuserait-on d’entretenir des rapports séditieux avec cet astre?
—On vous accuse de fermer les yeux sur les menées de ses adorateurs. L’Inquisition est informée que plusieurs caciques se réunissent dans la campagne, pour adresser des prières au soleil et lui sacrifier des victimes humaines. Votre police doit être instruite de ces sacriléges. Il faut, à tout prix, y mettre un terme. L’Inquisition exige un auto-da-fé. Mettez-vous en campagne, et ramenez-nous à tout prix un cacique vivant, sinon je me verrai forcé de vous destituer, et l’on pourrait bien vous faire votre procès comme fauteur d’hérésie.
Après quoi, le gouverneur congédia le commandant, et sonna pour mettre sa perruque.