—Laquelle? demanda Trifon en tremblant.

—C’est que, dès ce soir, le cacique Tumilco sera sous les verrous du saint Office. Prenez quatre hommes et un caporal, et emparez-vous de lui.

—Mais, capitaine, songez que hier encore nos verres se sont choqués.

—Soit! ce scrupule vous honore; un autre prendra Tumilco; mais apprêtez-vous à aller faire ce soir une petite promenade forcée à l’endroit dont je vous ai parlé.

—J’obéirai, capitaine, j’obéirai, répondit Trifon en soupirant. Pauvre Tumilco!

Le capitaine courut apprendre cette heureuse nouvelle au commandant, qui s’empressa d’aller lui-même la transmettre au gouverneur, lequel en fit part immédiatement à la Grenadilla.

IV

GRENADILLA

Après le toréador dont on pleurait la mort, après les processions, après les courses de taureaux, après les arrivages de la flotte d’Espagne, ce que les habitants de Mexico aimaient le mieux, c’était la danseuse Grenadilla.

Seigneurs, bourgeois, matelots, soldats, tout le monde la connaissait, tout le monde l’admirait, tout le monde la respectait, et pourtant ce n’était qu’une pauvre danseuse des rues, une fille du peuple qui ne connaissait même pas sa famille, une bohémienne, une saltimbanque. Mais quand cette bohémienne, cette saltimbanque, se mettait à danser le fandango, il n’y a pas de duchesse qui eût l’air plus noble, la taille plus souple, les gestes plus fiers et plus gracieux que la Grenadilla.