Dès qu’elle paraissait, son tambour de basque ou ses castagnettes à la main, la foule s’amassait autour d’elle; on faisait cercle, on se disputait une place pour la voir danser. Le directeur du théâtre avait voulu l’engager, mais sans succès. La Grenadilla ne voulait pas être autre chose que la danseuse du peuple, aussi le peuple l’adorait. Malheur à celui qui eût osé toucher seulement un cheveu de la Grenadilla!
Le gouverneur faisait souvent venir la Grenadilla dans ses appartements. Il était grand amateur de fandango, et fort enthousiaste du talent de la danseuse. Plusieurs affirmaient même qu’il n’était pas insensible à ses charmes, mais que Grenadilla se moquait de lui.
Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’après le départ du commandant, la Grenadilla étant venue, selon sa coutume, danser sur la place du palais, un estafier du gouverneur vint lui dire que Son Excellence l’attendait. Après le fandango, il lui apprit qu’un auto-da-fé aurait lieu prochainement à Mexico; Grenadilla répandit cette nouvelle dans la ville. Le soir, le peuple se rendit en masse sous les fenêtres du palais, et fit retentir l’air de ses acclamations en l’honneur du gouverneur.
Don Alvarez Mendoça y Palenzuela y Arnam s’endormit en se disant qu’il était vraiment né pour le gouvernement et la politique.
V
LE DESCENDANT DE MONTÉZUMA
Pendant que toutes ces choses se passaient, le cacique Tumilco dînait tranquillement à la posada de la petite place San-Esteban.
Il était arrivé au dessert, et il demandait une seconde bouteille de vin.