Le lecteur s’est sans doute imaginé que Grenadilla, fière et belle comme la fleur dont elle porte le nom, a néanmoins un penchant secret pour le cacique, jeune et beau sauvage de vingt ans. Les lois du roman le voudraient ainsi, mais la vérité a ses droits qu’il nous faut respecter. Tumilco est laid, vieux, cassé, et si Grenadilla l’aime, comme le chapitre précédent nous en fournit la preuve, c’est que le cacique a pris soin de son enfance; c’est que, pauvre enfant abandonnée, elle fut recueillie par lui, et protégée jusqu’au jour où il fut obligé de s’expatrier pour des raisons qu’il serait trop long de rapporter ici.

Grenadilla venait de s’acquitter envers Tumilco en lui sauvant la vie.

Satisfaite d’avoir rempli son devoir, elle partit le soir même pour l’Europe. C’était le seul moyen de se soustraire aux poursuites du gouverneur.

Après trois mois de traversée, le vaisseau qui la portait fit naufrage. Le corps de Grenadilla fut porté par la vague sur le rivage d’Espagne.

La Fée aux Fleurs, qui se trouvait en ce moment dans ces parages pour surveiller le Jasmin, recueillit le corps de Grenadilla, et permit qu’on élevât, à l’endroit où elle l’avait trouvé, un magnifique bosquet de grenadiers dont les fleurs et les fruits réjouissent la vue, comme Grenadilla la récréait autrefois par sa beauté et ses talents.

XII

POUR EN REVENIR AU CACIQUE

Une fois baptisé sous le nom d’Esteban, il se fixa à Mexico, où il vécut d’une pension modique que lui faisait le gouvernement en qualité de descendant de Montézuma.

Des doutes s’étaient élevés plusieurs fois sur la sincérité de sa conversion, et on songeait à le faire passer de nouveau devant le saint Office, lorsqu’il tomba gravement malade. Il demanda à voir un médecin: ses voisins, plus charitables, lui envoyèrent un prêtre.

—Frère Esteban, lui dit le prêtre, le moment est venu de recommander votre âme à Dieu.