On a vu au commencement de ce livre qu’en quittant le domaine de la Fée aux Fleurs, l’Églantine manifesta l’intention bien arrêtée de se faire femme de lettres.

Cette profession était tombée en discrédit, et on ne se souvenait guère que par tradition du temps où il existait des femmes de lettres, lorsque l’Églantine arriva en Gascogne. Ce pays lui plut naturellement, et elle se fixa à Toulouse, capitale des troubadours.

Jeune, belle, riche, elle obtint tout de suite un grand succès; ses salons ne désemplissaient pas; on la citait pour son esprit, son bon goût, l’éclat de sa parure. Comme il faut que toute femme de lettres ait sa manie, elle ne se montrait en public que chaussée de bas couleur d’azur.

De là le nom de bas-bleu qu’on a donné par la suite à toutes les personnes du beau sexe qui s’occupent de poésie et de littérature.

Comme un seul nom ne lui suffisait pas, elle s’appela Clémence Isaure.

Les journaux n’ayant pas encore été inventés, l’Églantine, autrement dit Clémence Isaure, n’eut pas le bonheur de voir paraître chaque matin le résultat de ses inspirations de la veille. Elle se contentait de lire ses productions à ses amis. A cette époque, on se réunissait déjà pour écouter des petits vers. On ne sait pas ce qui remplaçait le thé et les sandwichs.

C’est dans cette réunion intime qu’elle puisa la première idée d’une académie. Elle en fut détournée par son mariage, qui eut lieu vers cette époque.

Clémence Isaure épousa Lautrec, jeune et beau cavalier qui l’aimait passionnément, et qui, pour devenir son mari, brava la malédiction paternelle.

Quelques mois après, Lautrec en était à se repentir. Clémence Isaure voulait qu’il s’occupât des soins du ménage, qu’il comptât avec la cuisinière, avec la blanchisseuse, avec le boucher, avec l’épicier, avec tous les fournisseurs.

Un moment Lautrec se consola en songeant qu’il allait devenir père. Hélas! ce titre fut pour lui un nouveau surcroît de chagrin et de désespoir. Clémence Isaure lui laissait tout le soin du marmot: c’était à lui à le débarbouiller, à le bercer, à le garder. Clémence Isaure émit la première cette pensée, aussi ingénieuse que profonde: Un mari est une bonne donnée par le Code civil.