—Tu as raison, c’est lui qui nous envoie ces mauvaises pensées.
—Il faut tout dire à notre confesseur.
—En attendant, prions notre patronne, afin qu’elle éloigne de nous le tentateur.
Et les deux sœurs furent s’agenouiller dévotement au pied d’une croix placée au milieu du jardin.
II
SŒUR GUIMAUVE
La sœur infirmière était descendue au jardin pour cueillir des simples dont elle avait besoin pour ses malades.
Il faut vous dire que cette infirmière n’était autre que la Guimauve. Sur la terre, elle n’avait cherché qu’à développer ses instincts de bienfaisance. Longtemps elle avait exercé l’état de garde-malade. Préparer des tisanes était son suprême bonheur. Souvent, lorsqu’elle se promenait dans la campagne, si elle rencontrait une sauterelle accablée par la chaleur, faisant la sieste dans un sillon, ou une grenouille tapie dans les joncs, elle trouvait que la sauterelle et la grenouille avaient l’air d’être malades, et elle les emportait au logis pour les soigner. Elle poussait le dévouement jusqu’à la monomanie.
Lasse du monde, où, disait-elle, personne ne se croyait malade, elle s’était retirée dans un couvent, où on lui avait donné la direction en chef de l’infirmerie, emploi fort important dans un lieu où, ne sachant comment tuer le temps, on le passe souvent à se croire malade. Aussi la Guimauve bénissait-elle tous les jours sa nouvelle position.