LE Perce-Neige.—Primevère! Primevère! réveille-toi.
La Primevère.—Qui m’appelle?
Le Perce-Neige.—C’est Perce-Neige, ton ami, qui a froid et qui voudrait se réchauffer à ton haleine!
La Primevère.—Pourquoi ai-je dormi si longtemps? Il fait si bon respirer la brise printanière, voir l’herbe verte, sentir la tiède odeur des bourgeons, se mirer dans le clair ruisseau!
Le Perce-Neige.—Sans moi, tu dormirais encore, c’est à moi que tu dois les sourires de cette riante matinée d’avril. Si tu savais comme tu es jolie dans ton petit corsage blanc, comme tes joues sont fraîches, comme tu t’inclines gracieusement sous la brise qui t’effleure! Penche vers moi ta corolle, et laisse-moi te donner un baiser.
La Primevère.—Le printemps n’aime pas l’hiver; la jeunesse n’aime pas la vieillesse. Tu vas mourir et tu parles d’aimer!
Le Perce-Neige.—Mes forces se sont épuisées à percer les dures neiges de l’hiver; mais ton parfum me ranime, Primevère; l’amour me fera revivre.
La Primevère.—N’entends-tu pas dans l’air comme un battement d’ailes invisibles! Il arrive, le jeune Zéphire; c’est lui que je veux aimer, c’est lui qui aura mon premier baiser.