Le Perce-Neige.—J’ai fleuri jusqu’à ce jour malgré la glace; je sens venir le printemps. Me faudra-t-il mourir sans entendre le doux chant des oiseaux, sans sentir la chaleur vivifiante du soleil et de l’amour?
La Primevère.—Les vieillards ne sont faits ni pour le soleil ni pour l’amour; l’air chaud du printemps et des passions brise leur poitrine débile. Malheur à celui qui aime trop tard!
Pendant qu’elle parlait, Zéphire planait sur la Primevère! haleine et parfum, tout se confondit. Le vent, ému de ce baiser, passa sur la tête du Perce-Neige! il mourut tué par la première brise.
NOTES
~~~~~
[1] Rose, en grec, rodon.
[2] Nous donnons cette légende pour ce qu’elle vaut, et sans avoir la prétention de refaire l’histoire de Narcisse. Les Grecs avaient représenté l’égoïsme sous les traits d’un homme, les pêcheurs siciliens en ont fait une femme. Le lecteur choisira entre les deux versions celle qui convient le mieux à ses sympathies.
Le besoin de vérité qui doit dominer chez un écrivain, traitant de matières aussi graves que celles contenues dans cet ouvrage, nous fait un devoir de déclarer que les pêcheurs, dont nous avons emprunté le récit, se sont trompés en ce qui touche les motifs de la disparition subite de Narcissa.