Elle se mit donc en route par une belle matinée de printemps, peu chargée de bagage, mais ferme, résignée, prête à supporter courageusement tous les inconvénients de sa situation.
Enfoncée dans ses méditations, la Pensée marchait sans s’apercevoir de la longueur du chemin; le soir venu, cependant, la fatigue la prit, et, jetant les yeux sur les environs, elle chercha un endroit où elle pût demander l’hospitalité.
La façade d’un château brillamment illuminée resplendissait à quelques pas de la route. Elle se dirigea de ce côté. Le maître du château, la table dressée sur la terrasse, assis sous une tente de soie, chantait, buvait, mangeait, riait avec ses amis.
—Ouvrez-moi, fit une voix faible, qui parvint cependant jusqu’à l’oreille des convives.
—Qui êtes-vous? demanda le maître du château. Si vous êtes un gai compagnon, sachant charmer les heures lourdes de la vie, entrez.
La voix répondit:—Je suis la Pensée.
—Valets, fermez les portes, chassez cette hôtesse maussade, cette compagne importune qui fait qu’on se souvient. Oublions! oublions!
Le maître du château remplit sa coupe et but à l’oubli.
—J’aperçois là-bas une chaumière modeste, se dit la Pensée, qui, pour se délasser un moment, s’était accoudée sur un vase de marbre placé à l’entrée du château: les pauvres sont toujours hospitaliers. Allons leur demander asile pour la nuit; je suis fatiguée, et je commence à sentir les atteintes de la faim.
Elle prit le chemin de la chaumière.