—Pan! pan! pan!

—Qui va là?

—L’hospitalité, s’il vous plaît?

—Si vous voulez vous contenter d’un morceau de pain, d’un verre d’eau et d’un peu de paille fraîche, dites-moi qui vous êtes, et entrez.

—Je suis la Pensée.

—Arrière, maudite! tu viendrais troubler mon sommeil. J’ai arrosé le champ de mon maître de ma sueur, et maintenant il se réjouit dans la joie des festins, tandis que ma femme pleure et que mes enfants ont faim. Si demain je veux avoir la force de recommencer mon travail, il faut que j’oublie. Tu troubles le repos de l’âme et du corps; va-t’en, je ne t’ouvrirai pas.

Ainsi, ni le riche ni le pauvre ne voulaient de la Pensée. Elle s’assit au rebord du fossé et laissa tomber son front dans ses mains.

Un jeune homme vint à passer sur la route: il marchait en regardant les étoiles et en murmurant tout bas des mots et des phrases qui lui faisaient ouvrir énormément la bouche et écarquiller les yeux.

Un soupir étouffé que poussa la Pensée l’avertit qu’un être souffrant avait besoin de son secours. Il s’approcha de la voyageuse, lui prit la main, et, la voyant belle quoique toujours grave et recueillie, il lui demanda en grasseyant un peu pourquoi elle pleurait.

La Pensée lui répondit qu’ayant fait un long voyage, elle avait vainement demandé l’hospitalité à la chaumière et au château; personne n’avait voulu la recevoir.