VOUS avez sans doute entendu dire que Christophe Colomb, débarquant à Cuba, vers l’année 1492, trouva tous les sauvages sur le rivage, un arc à la main, la pipe à la bouche.
Le naturaliste de l’expédition, chargé d’examiner la substance dont ces sauvages aspiraient le parfum, découvrit le tabac, qui ne portait pas encore ce nom; il lui vient de la ville de Tabago, où les cigarettes naissent toutes roulées sur les plantes.
Le tabac devrait s’appeler du nom du naturaliste en question; mais lui aussi trouva son Améric Vespuce dans le sieur Nicot (Jean), ambassadeur de S. M. T. C. François II auprès de Sébastien, roi de Portugal.
Les savants placent l’ambassade du sieur Nicot (Jean) dans l’année 1560.
Le tabac aurait donc été découvert vers la fin du quinzième siècle, et introduit en France un siècle après. Le moyen âge a fumé.
Les nez du temps de Louis XIII goûtèrent les premiers les ineffables douceurs du tabac à priser. La tabatière de Marion Delorme fit sensation en son temps. J’aime à croire qu’on l’a conservée au musée Du Sommerard.
M. de La Rochefoucauld excellait dans l’art de faire tourner une tabatière entre ses doigts et de la glisser ensuite dans la poche de son gilet, geste qu’imitèrent depuis avec tant de bonheur les premiers rôles de la Comédie-Française. C’est en prisant que M. de La Rochefoucauld écrivit ses Maximes.
Avec ces quelques détails, vous en savez assez pour vous faire une réputation d’érudit dans le monde; c’est pour cela que nous vous les avons donnés, car, pour notre part, nous ne les tenons nullement pour authentiques.
Nous assignons au tabac une origine entièrement différente. Que Jean Nicot ait fait hommage, à son retour de Portugal, d’une livre de tabac à Catherine de Médicis, ce qui fit surnommer cette plante herbe à la reine;
Que le cardinal Sainte-Croix et le légat Tornabone aient introduit le tabac en Italie, sous le double pseudonyme d’herbe de Sainte-Croix et de Tornabone;