Que le tabac ait été traité de poison, et porté ensuite aux nues sous le nom de panacée antarctique, d’herbe sainte, d’herbe à tous les maux;
Qu’on l’ait appelé buglosse, jusquiame du Pérou;
Que, vers 1696, les consommateurs, qui avaient lu la Botanique de M. de Tournefort, allassent dans les bureaux de tabac demander pour deux sous trois deniers de nicotiane;
Tout cela est fort possible.
Que le roi Jacques Ier ait écrit, en 1619, un livre contre le tabac, intitulé Misocapnos, auquel les jésuites du Portugal répondirent par un autre livre intitulé Anti-Misocapnos;
Qu’en 1622, Néandri ait publié la Tabacologia; en 1628, Raphaël Thorius, son poème Hymnus tabaci, et qu’en 1845, Barthélemy ait fait paraître son Art de fumer;
Que le pape Urbain VIII ait lancé les foudres de l’excommunication contre tous ceux qui feraient usage du tabac;
Que la reine Élisabeth ait défendu de priser dans les églises, et autorisé les bedeaux à confisquer les tabatières récalcitrantes;
Que le schah de Perse, Amurat IV et le grand-duc de Moscovie aient interdit l’habitude de fumer et de priser, sous peine d’avoir le nez coupé;
Qu’aujourd’hui, enfin, le tabac rapporte à l’État, malgré le Misocapnos, l’excommunication d’Urbain VIII et les édits d’Amurat, plus de cent millions par année;