C’EST par une belle matinée de mai que je fis ma première apparition sur la terre.

L’air était plein de parfums et de doux murmures d’amour; les feuilles venaient d’éclore, l’alouette chantait dans un rayon de soleil, la bergeronnette trottait le long des buissons.

Je jetai les yeux autour de moi; un frelon doré se roulait sur le sein d’une rose entr’ouverte à l’aurore.

Pauvre sœur! me dis-je, elle n’a pas osé, comme moi, briser son enveloppe et s’élancer vers une nouvelle vie; elle est condamnée à subir les embrassements d’un insecte vulgaire; ce soir, ses feuilles souillées et flétries couvriront le sol autour d’elle.

Heureuse d’être femme, je poursuivis mon chemin.

—Où allez-vous donc si matin, la jeune fille aux fraîches couleurs? me dit un jeune paysan. Êtes-vous la déesse de Mai qui vient parcourir ses domaines?

—Holà! mon joli bouton de rose, me cria un beau cavalier, que faites-vous si tard sur la route? Ne voyez-vous pas que le soleil s’est levé? Ses rayons vont brûler votre teint vermeil; montez en croupe et venez avec moi: le galop de mon cheval est rapide, et le sentier qui mène à mon château est bordé d’arbres verts et d’aubépines en fleur.

Je suivis le beau cavalier.

Temps heureux de ma jeunesse, sous quelles riantes couleurs vous vous présentez à mon souvenir!

J’étais entourée d’hommages et de flatteries: mes moindres désirs étaient à l’instant satisfaits. On me disait sur tous les tons que j’étais belle; vingt poètes se disputaient l’honneur de m’adresser des sonnets. Je n’avais aucun vœu à former, et pourtant je désirais quelque chose.