A tout prendre, je n’étais qu’une reine champêtre, régnant sur de simples villageois et sur quelques vieux littérateurs retirés à la campagne. Il me fallait le bruit de la ville, les hommages de la cour.

Une nuit, je quittai le château pour suivre furtivement le gouverneur de la province, nommé à une des grandes charges de l’État.

Dire quelle sensation produisit mon arrivée dans la capitale, est chose impossible. Jamais rien de plus parfait ne s’est offert à nos regards, disaient les courtisans. Le roi demanda à me voir et devint éperdument amoureux de moi.

Bénie soit l’heure où j’ai quitté le jardin de la fée, me disais-je souvent; la rose sur sa tige reçoit le tribut d’admiration universelle, et moi, seule rose vivante, je lui dispute le sceptre de la beauté. Comme fleur et comme femme, mon amour-propre goûtait les douceurs d’un double triomphe.

Le roi s’épuisait pour moi en attentions délicates; il m’avait surnommée sa rose précieuse, et institua dans le goût des jeux Olympiques, sous le nom de Jeux de la Rose, un concours en mon honneur pour déterminer quelle était l’origine de cette fleur. Le vainqueur devait recevoir une couronne de mes mains et un baiser de mes lèvres.

La valeur de la récompense à mériter mit le feu à toutes les imaginations de l’empire. Plus de six cents poètes se présentèrent au concours.

Un premier poète s’avança et se mit à chanter l’embarras de la terre au moment où Vénus sortit de l’écume des flots. Comment orner le front d’une aussi belle créature! La terre fit naître la rose, et le problème fut résolu.

Un second poète raconta comment la rose s’échappa du sein de l’Aurore jouant avec le jeune Tithon.

Ce n’est point la terre, ce n’est point l’aurore, c’est une déesse qui nous a donné la rose, s’écria un troisième poète. Voici son origine, et il chanta les strophes suivantes en s’accompagnant de la lyre à trois cordes: