VI
Depuis ce jour, les Corinthiens vouèrent aux roses un culte particulier, et prirent pour symbole de leur ville une jeune fille au front couronné de roses.
Il dit, et un murmure d’approbation succéda à son chant. D’autres poètes se présentèrent ensuite.
L’un parla du désespoir de Vénus à la mort d’Adonis. Elle couvre de ses larmes le corps du beau chasseur; elle veut le rappeler à la vie. Efforts inutiles: l’arrêt de Jupiter est irrévocable. Du moins, s’écrie la déesse, que son sang n’ait point coulé inutilement, et que de la terre rougie sortent des touffes de roses comme pour embaumer le cadavre d’Adonis.
L’autre nous dit les ruses de Zéphyre amoureux de Flore. Rien ne pouvait toucher le cœur de la déesse, ni les parfums semés sur ses pas, ni les fraîches brises se jouant autour de son front, ni les vers harmonieux chantés dans le feuillage: Flore n’aimait que ses fleurs. Zéphyre se change en une fleur si belle que Flore s’approche pour l’admirer. Attirée par son parfum, elle se penche enivrée, éperdue, entraînée par un charme secret; elle dépose un baiser sur sa corolle. C’est ainsi que se consomma l’union de Zéphyre et de Flore.
Cette fleur, c’était la rose.
La plupart des poètes se rallièrent à ces opinions, sauf quelques légères variantes. Il y en avait, par exemple, qui prétendaient que la rose était née, en même temps que Vénus, de l’écume des flots, et qu’elle avait conservé sa couleur blanche jusqu’au jour où Bacchus laissa tomber une goutte de sa liqueur divine sur la rose qui ornait le sein d’Aphrodite.
D’autres soutenaient qu’au banquet des dieux, l’Amour ayant renversé, d’un coup d’aile, la coupe pleine de nectar que le maître des dieux allait porter à ses lèvres, quelques gouttes tombèrent sur la couronne de roses blanches de Vénus. Depuis, les roses conservèrent la couleur et le parfum du nectar.
Aucune de ces versions ne satisfit le roi. Il ordonna néanmoins que de riches présents fussent faits aux poètes, et le concours fut renvoyé à l’année suivante.
C’est pendant cette année que croulèrent le paganisme et l’empire romain. Le règne des courtisanes et des roses semblait fini pour jamais.