Mais il est d’autres gens plus heureux,—qui aiment toutes les fleurs qui leur font l’honneur de fleurir dans leur petit jardin,—ceux-ci doivent aux fleurs les plus pures et les plus certaines jouissances.—Mais encore il faut les diviser en deux classes: les uns aiment dans les fleurs certains souvenirs,—qui se sont cachés dans leur corolle comme les hamadryades sous l’écorce des chênes.
Ils se rappellent que les lilas étaient en fleur la première fois qu’ils l’ont rencontrée.
C’est sous une tonnelle de chèvrefeuille, qu’assis ensemble, à la fin du jour, ils ont échangé ces doux serments qu’un seul, hélas! a gardés.
En voulant cueillir pour elle une branche d’aubépine, il s’est déchiré la main,—et elle a mis sur sa blessure un morceau de taffetas d’Angleterre, après l’avoir passé à plusieurs reprises sur ses lèvres roses.
Une autre fois,—ils avaient ensemble cueilli des wergiss-mein-nicht sur le bord de l’étang.—Il y avait des giroflées jaunes sur les vieilles murailles de l’église de campagne où ils se rencontraient tous les dimanches.
Ainsi, chaque printemps, ces souvenirs renaissent et s’épanouissent comme les fleurs.
Mais il vient un moment où l’on appelle tous ces jeunes et vrais sentiments des illusions, un moment où l’on croit devenir sage parce qu’on commence à devenir mort.
On est alors tout simplement en proie à d’autres illusions.
Le côté de la lorgnette qui rapetisse les objets n’est pas plus vrai que le côté qui les grossit.
Alors on aime les fleurs, mais seulement pour elles-mêmes.