Enfin Malherbe vint, et, le premier en France, il donna à la rose une vogue immense, grâce aux stances adressées à l’infortuné Dupérier.
Elle était de ce monde, où les plus belles choses
Ont le pire destin,
Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,
L’espace d’un matin.
Le poète Ronsard a, lui aussi, parlé de la rose dans une pièce de vers que bien des gens préfèrent à celle de Malherbe. Que l’ombre de Boileau lui pardonne!
Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait déclose
Sa robe de pourpre au soleil
N’a point perdu, cette vesprée,
Les plis de sa robe pourprée
Et son teint au vôtre pareil.
Las! voyez comme en peu d’espace,
Mignonne, elle a dessus la place
Ses fraîches beautés laissé choir.
Oh! vraiment, marâtre nature,
Puisqu’une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir;
Donc, si vous m’en croyez, mignonne,
Tandis que votre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez votre jeunesse:
Comme à cette fleur, la vieillesse
Fera ternir votre beauté.
Je n’en finirais pas, si je voulais citer tous les poètes qui, depuis Malherbe et Ronsard, ont célébré la rose.
Delille s’est écrié un jour:
Mais qui peut refuser son hommage à la rose,
La rose dont Vénus compose ses bosquets,
Le printemps sa guirlande et l’amour ses bouquets?
En terminant, je ne puis m’empêcher de mentionner ce vers si délicat et si ingénieux, qu’on a pu un instant appeler le vers du siècle:
Une femme est comme une rose.
J’ai appris depuis que l’auteur se nommait M. Dupaty, et qu’il était membre de l’Académie française.