Aucun insecte ne se pose sur les fleurs de nuit: la phalène bourdonne autour d’elles; elle effleure leur calice, mais elle craindrait de s’y arrêter.
Parfois seulement, une fée se blottit au fond de leurs corolles, pour éviter les poursuites de quelque lutin.
Chaque soir, la blanche Titania, pour parcourir son domaine nocturne, sort de son palais, qui est une belle-de-nuit.
Pendant que les bois frissonnent, que l’onde murmure, que les amoureux se parlent, que les poètes chantent, que des bruits vagues, des soupirs étouffés remplissent la plaine, la fleur de nuit s’ouvre plus largement.
Frissons, soupirs, murmures, échos, chants de poète, haleines amoureuses, tout cela se mêle dans les airs et retombe avec la rosée sur la nature.
Avec sa part de cette pluie, il se forme, au fond de la fleur des nuits, une perle humide et brillante; elle s’agite, elle tremble, le moindre souffle d’air la briserait, et le zéphyre matinal va se lever.
Alors la fleur des nuits se referme, pour conserver la perle précieuse qui s’est formée pendant la nuit.
Ainsi le poète renferme précieusement dans son cœur le trésor des rêveries qu’il a amassé dans la solitude.
Voilà pourquoi j’aime les fleurs de nuit, pourquoi je les préfère à leurs sœurs qui brillent pendant le jour.